Changer d’habitude : défi même quand c’est simple

Changer d’habitude : tout le monde le suggère, est-ce aussi simple que cela ? Est-il possible de changer d’ailleurs ? Cet article évoque comment changer une habitude, très simple à mettre en place pour un manager. Pourtant l’un de mes clients se l’est approprié après… 4 mois de coaching !

 
Vous pouvez écouter cet article en podcast :

 

changer d'habitude

Changer d’habitude

Un jour, ma compagne a changé la poubelle de place dans la cuisine. Pendant environ 3 mois, j’ai consciencieusement ouvert l’ancien placard, fait « ah », avant de finalement me diriger vers le nouvel emplacement pour les déchets de table !

Changer d’habitude : compter au moins 3 mois même pour une idée aussi simple… imaginez ce que cela peut donner dans nos pratiques professionnelles…  !

 

Dans sa fonction, le manager donne l’exemple, le signal que son équipe observe. S’il/elle montre que changer d’habitude permet le progrès de tous, permet aussi un mieux-être au travail, cela vaut-il le coup de tenter, avec en conscience que la transformation prend un certain temps.

Lors d’un travail d’accompagnement avec un dirigeant, nous sommes arrivés à la conclusion qu’il serait très efficace qu’il rencontre chaque personne de son équipe, en tête-à-tête, une heure par semaine.

 

Une heure sans agenda. Une heure d’entretien consacrée aux soucis de ses collaborateurs directs. Une heure de coaching en fait. Une heure qui en fait gagner des dizaines, car une heure…

  • d’écoute active,
  • de résolution préventive,
  • de renforcement de la confiance,
  • de passage de messages,
  • de recadrage aussi.

 

Cette idée simple, le dirigeant l’a comprise en  2 minutes. Il a déclaré qu’il allait le faire. Pourtant, la mise en oeœuvre a pris 4 mois. Décider d’ouvrir son agenda, appeler chacun de ses collaborateurs directs, réserver des créneaux horaires pour les prochaines semaines. 4 mois ! Changer cette habitude de traiter la plupart des problèmes « dans le couloir », à la va-vite . Décider et consacrer un temps privilégié à chacun : l’idée n’a rien de génial, c’est presque trivial. Pourquoi est-ce aussi difficile de changer une habitude, même si on en comprend l’intérêt ?

 

J’en suis convaincu :

La compréhension des gestes de management ne présente aucune complexité intellectuelle !
Ce sont des gestes de bon sens, qui passent par oser le changement d’habitude…

 

Ces gestes doivent être accompagnés de décision et de tenacité dans la mise en oeœuvre. Après avoir mis en place l’entretien individuel régulier avec chacun de ses collaborateurs du comité de direction, le dirigeant en question en a rapidement reconnu l’utilité, l’efficacité…

 

Pour changer d’habitude, il faut probablement ces étapes-là :

  1. prendre conscience que c’est une bonne idée de changer quelque chose (dimension intellectuelle de l’analyse)…
  2. prendre acte immédiatement du changement (passage à l’action)…
  3. prendre à témoin un ou plusieurs êtres humains qui vont servir de contrainte bienveillante -un coach, un collègue, un boss, un ami, un compagnon de vie. Cette personne devient comptable de l’engagement de changement…

 

Parmi les excuses classiques pour ne pas changer d’habitude de management se trouvent…

  • on a toujours fait comme ça
  • je reproduis l’exemple (du manager que j’ai eu et qui n’avait pas beaucoup d’envergure)
  • j’ai peur du risque à prendre (je préfère ne pas sortir de ma zone de confort)
  • j’ai peur de faire une erreur (donc je ne me donne pas le droit à l’erreur)
  • je suis paresseux
  • j’aime bien mes habitudes, elles me rassurent

 

Le problème est que « les mêmes causes produisant les mêmes effets », si le manager ne change rien de ses habitudes, il y a de fortes chances qu’il obtienne indéfiniment les mêmes résultats. Si les les résultats sont satisfaisants, alors rien à dire. Si les résultats sont décevants, ne convient-il pas de changer quelque chose ? On sait que les habitudes sont très difficiles à changer : elles s’inscrivent dans un processus de répétition qui creuse le sillon toujours plus profondément, se transformant même en réflexe. Je raconte ci-dessus que le changement de la place de la poubelle a mis des mois à se reprogrammer dans mon cerveau. C’est pour cela que le changement d’habitude passe par :

  1. les petits pas

  2. l’inscription dans une démarche de durée

 

Les petits pas, les petites victoires sur soi, sur ses habitudes, contiennent beaucoup plus de valeur fondamentale que les grandes déclarations de conquêtes magistrales. Dans le management, il s’agit d’aiguiser la scie, comme le dit Stephen Covey : affuter les processus, changer le modèle de reporting, mettre en place une démarche d’amélioration continue avec des indicateurs, instaurer des réunions courtes et efficaces (qui démarrent et finissent à l’heure prévue), etc…

 

La plupart des initiatives que peut prendre un manager sont dans ce registre des petits pas, des petits changements : changer les habitudes d’un service, d’une équipe endormie, tenter de surprendre, apporter un zeste d’originalité, de différence, de proposition qui dérange. Puis avec le temps, s’appuyer sur ces « petits changements » pour en instituer de plus grands, savoir que le temps fait son oeuvre.

Car même pour une idée simple, la patience est de mise
dès qu’elle dérange un tant soit peu nos habitudes.

 

L’habitude de passer du temps qualitatif avec chacun de ses collaborateurs est en réalité une grande idée de management. Elle est d’une efficacité redoutable en matière de prévention des incidents. Cela peut réduire le nombre des urgences à zéro (ou presque) pour le manager. Vous ne me croyez pas ? Essayez donc de mettre en place cette nouvelle habitude, donnez lui du temps, et faites le bilan dans 3 ou 4 mois. Changer d’habitude, réduire les délégations de couloir, développer la relation privilégiée, régulière, avec chacun de vos collaborateurs…

 

changer d'habitude

Changer nos habitudes est une lutte quotidienne et sans merci contre et avec soi-même. Nos habitudes nous servent tellement à nous rassurer (y compris nos mauvaises habitudes). Pourtant ce sont nos habitudes qui finissent par dessiner notre destin.

Quant à espérer changer les habitudes des autres (de notre boss, de notre équipe, de nos clients, de nos partenaires…), il faut, comme dirait Raimu dans la trilogie de Pagnol :

  • un tiers de patience,
  • un tiers d’écoute,
  • un tiers de détermination,
  • et un bon tiers d’indulgence.

 

Avez-vous mis en place des entretiens en tête-à-tête, planifiés, réguliers avec vos collaborateurs ?