4 postures nouvelles à s’approprier pour passer du rôle de manager opérationnel à fonctionnel

Pour beaucoup de cadres, quitter un poste opérationnel demeure un défi compliqué.

Habitué à la « dictature du chiffre », aux incidents nombreux de la vie quotidienne, à l’agenda débordant, aux exigences croissantes des normes, des attentes des dirigeants, des clients, des collaborateurs, des partenaires, de la famille, etc…, le manager qui passe soudain de cette mission très concrète vers un poste fonctionnel s’en trouve tout décontenancé. Dans un job opérationnel à la vente, aux achats, à l’industrie, à la finance, au marketing, le manager opérationnel est cerné. Job opérationnel rime avec court terme, pression, résultats, crises, incidents.

Quand le manager opérationnel passe à un poste de manager fonctionnel, d’un seul coup, du jour au lendemain, tout s’évapore :

  • le téléphone ne sonne plus
  • plus personne n’entre dans le bureau
  • il n’y a plus de budget
  • il n’y a plus d’incidents
Le vide existentiel…

 

Voici quelques exemples de jobs fonctionnels : chargé de mission, conseiller du directeur, consultant interne, etc…

Ce changement de responsabilité peut entrainer un profond bouleversement intérieur : « quoi, j’étais très occupé, sollicité de toute part, sur la brèche au quotidien, j’avais des troupes, j’existais ! Maintenant, il semble que j’ai disparu… »

🙁

 

Le manager fonctionnel oublie qu’il a tout proche l’oreille des « puissants », qu’il peut enfin développer un gisement de créativité personnelle qu’il n’a pas eu le temps de faire fleurir, que ce métier fonctionnel peut devenir un tremplin pour de plus grandes fonctions. J’ai souvent constaté que les « bras droits » se trouvent propulsés – on le voit en entreprise comme en politique : un Dominique de Villepin, conseiller du président (job d’influence), devient ensuite premier ministre (job opérationnel s’il en est !). A titre personnel, j’ai vécu à plusieurs reprises ce type de situation, et me suis trouvé un peu perdu au début. Pour avoir observé ces virages de carrière, je propose 4 postures nouvelles à s’approprier pour passer du rôle de manager opérationnel à fonctionnel :

 

1 – Prendre conscience

La première posture (intérieure) est la prise de conscience. La nouvelle mission n’est plus scandée par la mise en œuvre, l’atteinte d’objectifs principalement quantitatifs. Le nouveau poste – souvent présenté comme une récompense, une reconnaissance – est celui de la créativité, de l’influence, du travail hors du cadre. Si l’heureux élu a été performant sur le terrain, l’entreprise souhaite exploiter ses talents pour déployer. Un tel poste se rapproche de la mission d’un entrepreneur (à l’abri cependant) car tout est à inventer.

Cette prise de conscience permet de relativiser les inquiétudes liées à l’isolement, à la valeur ajoutée intangible, au registre des incertitudes…

 

2 – Apprendre à faire réfléchir les puissants

Corollaire de la prise de conscience, le job fonctionnel est un métier d’influence davantage que de réalisation concrète. Il s’agit de passer de l’affirmation au langage du questionnement pour « faire réfléchir les puissants ». En effet, la dimension fonctionnelle éloigne du terrain, approche du pouvoir. Paradoxaux, les « hommes et femmes de pouvoir » ont besoin d’être entourés de personnalités qui les font réfléchir, les poussent dans leur retranchement, tout en sentant leur trône est respecté. Tout un art de la communication à développer, entre oser remettre en question et accepter la décision éloignée de sa propre appréciation.

Si le manager fonctionnel met dans son outillage la question plutôt que l’affirmation, l’effet miroir plutôt que la confrontation, il accompagne efficacement le leader en recherche permanente d’innovation, d’initiative, d’analyse de risques, etc…

Pour faire réfléchir, comment s’y prendre ?
(NB : la réponse est dans la question)

3 – Se former au management de projet, aux méthodes d’intelligence collective, lire, cultiver le « développement personnel »

En situation de management fonctionnel, l’agenda se dégage. Il existe de grandes plages de disponibilités. Métier d’influence comme on l’a vu, il devient urgent de mettre de nouvelles cordes à son arc. Tout le chantier du développement personnel, des lectures nourrissantes trouve sa place alors qu’il a peut-être été délaissé dans le tourbillon de l’action, l’action, l’action. De même, puisqu’il va s’agir de développer de nouvelles initiatives transversales, il est astucieux de se former au méthodes et techniques du management de projet, de l’intelligence collective.

Mettre le temps à profit et enfin prendre de la hauteur et de la profondeur, on en rêve quand on est submergé par les tâches opérationnelles, n’est-ce pas ? Alors c’est le moment !

 

4 – Attendre patiemment son heure

Les périodes de management fonctionnel sont des moments de « respiration » dans une carrière. A ces postes, les attentes du top management sont d’une autre nature : créativité, surprendre, oser faire réfléchir… Cela signifie-t-il que le tourbillon charmant des fonctions de terrain est terminé ? Que nenni ! Comme écrit plus haut, il est courant que les métiers fonctionnels deviennent des tremplins pour de nouveaux défis de haut vol. Travailler au contact des « puissants » leur donne souvent des idées : la personne de confiance peut se trouver propulsée du jour au lendemain à un poste opérationnel à grand risque ou géographiquement lointain. Quand le top manager a pu évaluer dans une relation rapprochée un candidat dans la durée, il est susceptible de le sélectionner en priorité.

La posture consiste ici à savoir attendre, dans une position peut-être pas si inconfortable que cela, que l’heure sonne… pour une nouvelle mission ou pour la retraite 🙂

 

 


 

Prendre conscience, faire réfléchir, se former, attendre son heure, 4 nouvelles postures intérieures… facile à vivre ?

 

Avez-vous déjà vécu ce passage opérationnel ==> fonctionnel ? Que pensez-vous de ces 4 postures ?