A quoi servent les trucs et astuces de management ?

Ce matin, un client me dit : « dans le fond à quoi servent toutes les bonnes pratiques de gestion du temps ? Tout cela est facile à comprendre, mais la mise en oeuvre est très difficile… »

 

Cette remarque me parait plus que pertinente. En définitive, toutes les bonnes pratiques sont connues. Dans tous les métiers, on peut identifier les bonnes pratiques, celles qui transforment une bonne prestation en une prestation hors norme. Dans la gestion du temps par exemple, s’approprier la bonne pratique pour être à l’heure que je suggère dans cette vidéo, c’est super. On peut rajouter des trucs et astuces à l’infini, mais est-ce que ça suffit ? Comment se fait-il qu’on est très mobilisé près d’une échéance, et qu’on traine lorsque la pression manque ? Finalement, à quoi servent les trucs et astuces de management ?

 

J’ai souvent eu ce débat avec mon propre coach. Je ne suis pas certain qu’une réponse radicale éclaircisse le débat : « les trucs et astuces ne servent à rien » ou à l’opposé « les trucs et astuces sont la réponse ». Je préfère le chemin du milieu : « les trucs et astuces de management nourrissent le professionnalisme ».

 

Tout d’abord, dans leur nature « logique », les trucs et astuces conviennent bien au cerveau gauche, celui de la logique et de l’analyse. Ce cerveau là a besoin d’être nourri d’aliments, régulièrement, d’aliments qui démontrent, qui donnent de la structure. Quand j’explique que le temps de trajet doit apparaître dans mon agenda, quoi de plus logique. Si je veux être à l’heure, il convient d’intégrer que pendant 30 minutes, je vais conduire ou prendre un bus, un métro, etc… situation dans laquelle – en dépit des usages de connexion permanente que permettent les nouvelles technologies – je suis dans une environnement particulier. Mon cerveau gauche comprend l’intérêt d’inscrire la durée de transport dans mon agenda. Si le truc ou l’astuce est bien pensé, logique, il devient ainsi d’une grande utilité. S’inspirer des trucs et astuces de ceux qui réussissent dans un domaine, c’est s’approprier le geste qui peut faire la différence en face d’un concurrent approximatif.

 

Cependant, pourquoi la mise en oeuvre s’avère-t-elle parfois difficile ? Je comprends (cerveau gauche) que la préparation est une action à haut rendement. Pourtant, je m’y prends au dernier moment et j’arrive en vrac pour une réunion dans laquelle on va perdre beaucoup de temps. Inscrire dans son agenda un temps de préparation de la réunion est un bon truc. Pourquoi ne pas le respecter ? On peut retourner la question en se demandant « quel est le bénéfice à ne pas mettre en place les actions préventives ? »

Là se situe souvent la clé du mystère… il y a un bénéfice à ne pas mettre en place une bonne pratique, un truc, une astuce qui semble logique. Ce bénéfice se camoufle. Il nourrit d’autres besoins, d’autres croyances. Ce bénéfice peut même parfois être plus essentiel que ce que prône le cerveau gauche. Je m’explique : il est surement plus logique, le matin, de prendre son petit déjeuner et faire sa toilette avant de, s’il reste du temps, se faire des câlins, rires, batifoler. Mon cerveau gauche, vite alerte au réveil, remet le sujet presque tous les jours sur la table 🙂 Pourtant, même si la pression monte jusqu’au départ pour encourager la famille à se bouger, quel est le bénéfice, dans le long terme des câlins, des rires, du batifolage… qui représentent un essentiel de vie ! Manger les tartines dans la voiture, objectivement, ce n’est pas une bonne idée, bien sur, mais est-ce si grave ? Dans le même ordre d’idée, préparer une réunion est essentiel on vient de le dire. Il semble logique de la préparer le plus en amont possible pour être « à l’aise ». Pourtant, n’est-il pas courant que l’agrégation de toutes les données se fasse au dernier moment ? C’est que le cerveau (droit) cette fois-ci, qui tire son bénéfice. Ce cerveau de l’intuition se fiche de l’organisation du temps. Il agrège toutes les données dans un désordre efficace, pour livrer le résultat au bon moment. Il manifeste ainsi sa place d’équilibre avec l’autre hémisphère, en nous soufflant à l’oreille « fais toi confiance ».

 

Les trucs et astuces, cela reste important de s’en nourrir car ils apportent cet aliment qui développe le professionnalisme. J’ai par exemple remarqué, chez de grands professionnels, comme chez de grands artistes compositeurs de leur vie, que le respect des engagements, des horaires, le sujet de l’organisation personnelle, étaient traités avec précision… ce qui donne des champs de liberté supplémentaire.

Ne nous y trompons pas, les trucs et astuces sont utiles pour s’inspirer et améliorer son professionnalisme, sans être le fond lui-même de l’essentiel.

 

Autre angle : celui du consultant. Les symptômes exprimés, par exemple « je n’ai pas le temps », sont un angle de communication avec les prospects. Chacun perçoit les dysfonctionnements. Le consultant en fait le miroir et peut souligner « vous voulez dire que vous ne prenez pas le temps ». On peut ainsi démarrer par les bonnes pratiques pour aller ensuite sur le chemin des choix, le chemin plus profond des priorités professionnelles et personnelles. La première étape consiste à mettre en place des trucs et astuces, ce qui éveille la prise de conscience qu’une autre méthode est possible. L’étape suivante aborde ensuite la dimension stratégique, en sachant que les bases professionnelles sont en place. Il faut reconnaître que les trucs et astuces permettent de vendre de la formation et font vraiment progresser pour la première étape de progrès 🙂

 

En échangeant ce matin avec mon client, dont je connais la précision professionnelle, alors qu’il s’interrogeait sur la difficulté de la mise en œuvre des « bonnes pratiques » de gestion du temps, nous avons très rapidement orienté le débat vers son orientation de carrière : rester salarié, devenir entrepreneur, that is the question… Le sujet des trucs et astuces devient secondaire car bien maitrisé – au moins les 80% cruciaux – reste à traiter le fond stratégique…

Apprenons donc les trucs et astuces de nos métiers car c’est utile, en ne restant pas dupe que le fond se traite ailleurs…