Choisir le bon mot, un art de management à travailler

Nous démarrons l’entretien. Ce chef d’entreprise fait partie d’une catégorie à part pour moi : j’apprécie à la fois sa dynamique, son écoute, sa pertinence, son éthique. Ouhaou, ça fait beaucoup ! Dans les milliers de rencontres de la vie, certaines personnalités marquent, j’aime bien dire que la connexion se fait : une relation vraie, directe, essentielle. Beaucoup de rencontres restent au niveau superficiel, un vague intérêt pour l’échange maintient une attention qui va s’effilochant.

 

Dès le début de l’entretien, il souhaite me donner quelques retours sur sa perception de notre relation. Il cherche dans sa messagerie et ouvre un de mes courriels anciens…

Il souligne une expression qu’il n’a pas bien comprise, qui l’a gêné, qui probablement l’a fait bondir. J’avais écrit : ‘Nous avions sympathisé et peu exploité cette relation’. Le mot qui dérange est ‘exploité’. Une petit tour sur un outil que je vous recommande d’utiliser au quotidien : le dictionnaire des synonymes de l’université de Caen. Outil rustique et redoutablement efficace.

 

Au mot « exploiter » sont associés en synonymie : « abuser, bénéficier, commercialiser, cultiver, écorcher, égorger, empiler, escroquer, estamper, étrangler, étriller, extorquer, faire suer, faire valoir, gruger, matraquer, mettre en valeur, pressurer, profiter, rançonner, rouler, se servir, spolier, suer, tirer parti, tirer profit, tromper, utiliser, voler« .
 

Ouhaou, je comprends à cette lecture, les sous-entendus que le mot « exploiter » renvoie. Dans mon message, la signification que j’avais attachée au mot exploiter tournait autour de « travailler (la terre), enrichir (une relation), construire, réaliser (un exploit), développer (une amitié) ». Le dictionnaire des synonymes met en exergue un nombre incroyable de sens négatifs. Mon interlocuteur a donc indirectement entendu tout cela.

 

Choisir le bon mot, c’est un art de management à travailler sans relâche. Le mot, porteur de sens, déclenche tout un tas de réactions conscientes ou inconscientes pour ce à quoi il se raccroche. A l’oral, le manager détecte immédiatement les impacts : il voit les sourcils se froncer, les bouches de déformer, les mains se crisper… Il peut (si nécessaire) se reprendre : « je viens de dire -exploiter- je vois vos réactions, je voulais dire -travailler, enrichir, construire, réaliser, développer ». Hop, le coup est rattrapé. Choisir le bon mot, c’est également le premier des 4 accord toltèques

 

Choisir le bon mot, un art de management à travailler en particulier à l’écrit, en particulier dans les courriels. Le mot écrit stigmatise (et peut ressortir des mois plus tard), se cristallise, laisse une trace, un sillon potentiellement profond. Dans l’art du management moderne, l’art d’écrire, le choix des mots est devenu essentiel (essence du management). Tous les jours, le manager écrit des courriels, souvent rapidement. L’impact peut être très significatif, de l’incident au trouble diplomatique. Quelques pistes pour lisser cet art de la communication :

  • relire 3 fois un message avant de l’envoyer
  • consulter 2 collaborateurs avant de diffuser largement un message sensible
  • vérifier le sens ou chercher les synonymes pour certains mots, d’une part pour rendre la lecture plus agréable, d’autre part pour s’assurer de la pertinence du choix (je vous conseille vraiment le dictionnaire des synonymes de l’université de Caen)

 

Pour aller plus loin sur l’utilisation de la messagerie, des courriels, téléchargez les 7 principes pour recevoir 20 mails par jour maximum.

 

7 principes pour recevoir 20 mails par jour maximum

Votre adresse reste confidentielle.

N’hésitez pas à largement exploiter ces recommandations.

Racontez en commentaires vos incidents de communication liés parfois à l’utilisation impropre d’un mot.