Le droit à l’erreur, proposition de grille d’analyse en 6 points…

Le chef de projet rentre dans le bureau de son boss : « voilà, le budget de 10M$ est dépassé, nous avons échoué, je te remets ma démission« . A la grande surprise du collaborateur dépité, le boss répond : « je viens de t’offrir une formation à 10M$, il n’est pas question que j’accepte ta démission ! »

Vous avez remarqué, la monnaie d’échange est en $…

 

Récemment dans un entretien avec un français basé au Canada, celui-ci m’expliquait qu’un candidat qui n’a pas fait assez d’erreurs s’entend dire « profil pas intéressant » !

Pourquoi le $ ?

En Amérique du Nord, l’erreur est perçue comme un apprentissage. Au pays des lumières, le couperet tombe : « vous avez fait une erreur, je vous présente l’addition, vous êtes virés, je ne vous recrute pas, etc… » Je viens de vivre une telle expérience avec l’un de mes prospects (souvent mes erreurs se transforment en article :-)). Cet angle particulier de notre vision française de l’erreur m’a de nouveau interpellé.

 

Bien sur, la caricature Amérique/France reste une caricature. Il est de tout coté une granularité plus subtile. Cependant la relation à l’erreur offre un angle, comme la caricature qui durcit pour souligner le trait.

 

De l'utilité des erreurs

Pourquoi ne faut-il pas lire l’erreur comme un verdict définitif, pourquoi le droit à l’erreur offre-t-il la perspective du progrès ?

Entendons-nous bien : il ne s’agit pas de faire l’apologie de l’erreur. Le professionnel qui accumule la même erreur, ne la voit pas ou ne corrige pas le tir doit être, si ce n’est sanctionné, au moins accompagné, formé. Il revient d’ailleurs au management de souligner la ligne de progrès à suivre. « Errare humanum est » n’est pas nouveau (l’erreur est humaine), ce qui est moins connu c’est la suite « Perseverare diabolicum est » (persévérer dans l’erreur est diabolique).

 

Si elle n’est ni répétitive, ni intentionnelle (roublarde), ni le fruit de la bêtise, on peut admettre que l’erreur est la conséquence d’une tentative, d’une prise de risque, d’une originalité, d’une créativité même. A ce titre, l’erreur construit un nouveau champ de compétence. Son auteur en tire conséquence si sa lucidité lui permet :

(1) de reconnaitre l’erreur,

(2) d’en tirer une leçon pour l’avenir.

Si son auteur manque de hauteur de vue pour décoder la situation, il revient alors à son manager d’éclairer sa lanterne. Pourquoi punir quelqu’un qui a tenté, qui s’est mouillé, qui a cru apporter le meilleur en explorant un chemin improbable ? Faut-il rappeler qu’une immense partie des grandes découvertes de l’humanité sont le résultat d’erreurs parfois grossières ?

 

  • Comment Christophe Colomb découvre-t-il l’Amérique, et comment nomme-t-il les peuples rencontrés sur ce sol : des indiens ? Il se croit en Inde !
  • Comment l’entreprise 3M transforme-t-elle un défaut de création de colle en l’un des produits maintenant sur toutes les tables de travail, le post-it ?
  • Combien de fois la science a-t-elle fait des découvertes par hasard, après mille détours improductifs ?
  • Avez-vous retenu le geste de service de Mac Enroe au tennis (le dos retourné) ou le geste de coup droit à 2 mains de Marion Bartoli (vainqueure Wimbledon 2013) ? Des fautes de style, des sorties de conventions qui amènent au sommet…
  • Comment l’enfant apprend-il ? J’ai lu quelque part qu’il tombe 2000 fois avant de réussir à se tenir debout. Qué stupido ! Comment peut-on faire autant de fois la même erreur !!! Et oui, en se trompant énormément, l’enfant progresse (nb : nous sommes tous passés par là). Pourquoi retire-t-on ce droit à l’enfant devenu adulte, ce qui, accessoirement, cristallise bien des grandes personnes dans des positions inamovibles – la peur d’échouer (et ses conséquences) – la peur de sortir de la zone de confort

 

Je vous propose de passer « l’erreur » par une grille d’analyse en 6 points. Je vous propose d’utiliser cette grille pour tirer enseignement de qui a été qualifié « d’erreur » :

 

  1. L’erreur dont on parle en est-elle vraiment une ? En quoi impacte-elle si profondément le projet ?
  2. On attribue cette erreur à telle personne, en porte-t-elle vraiment l’entière responsabilité ?
  3. Le « responsable » a-t-il conscience de l’erreur « commise » ?
  4. Quelles opportunités inédites cette « erreur » a-t-elle fait émerger ?
  5. En « punissant le responsable », prend-on la meilleure décision de management ?
  6. Qu’est-ce que cette « erreur » souligne sur le modèle de veille et d’anticipation du management ?

 

Avez-vous remarqué le texte de la photo de cet article : « always make new mistakes » => faites toujours (!!!) de nouvelles (!!!) erreurs. Tout est dit, non ?

 

Le chef de projet a remis sa démission. Il pense avoir grillé 10M$. Cette position démontre-t-elle le sens de la responsabilité ? Le boss refuse la démission ! Cela rappelle-t-il que les torts sont probablement partagés ? Peut-on réussir sans prendre de risques ? Innover sans se tromper ? Gagner sans déranger ? Quel impact sur la carrière, la vie même du chef de projet si son boss l’accable, lui colle tout sur le dos (probablement pour se dédouaner – exercice classique du bouc émissaire) ? A votre avis, en refusant sa démission, quel sera le capital confiance entre le boss et son chef de projet pour le prochain défi professionnel ?

 

Racontez vos expériences, vos réactions en commentant cet article…

NB : et n’hésitez pas, le seul risque est de commettre une erreur 🙂

 

 Crédit photo : elycefeliz