Robert Dilts explique l’intelligence collective…

Je participe à un cycle de formation sur l’intelligence collective, organisé par Formation et Synergie, qui rentre dans le cadre du projet Vision 2021, projet initié par Gilles Roy et Robert Dilts.  A l’occasion de la session de février, j’ai eu le plaisir d’interviewer Robert Dilts. Robert est une référence mondiale de la programmation neuro-linguistique, également dans l’intelligence collective, domaines pour lesquels sa contribution a été majeure depuis les années 80… Je vous recommande bien sur un détour sur NPL University qui reprend l’ensemble des travaux et des propositions de Robert.

 

J’ai conduit cet interview en anglais. Le langage de Robert Dilts est très accessible à la compréhension, même si vous manquez de pratique dans la langue de Shakespeare – j’ai d’ailleurs souvent remarqué qu’il est plus facile de comprendre les Californiens que les Londoniens 🙂

Je vous livre cet entretien exceptionnel, dont j’ai fait la traduction française ci-dessous.

Profitez-en, c’est un beau cadeau de Robert…

 

 

 

Interview Robert Dilts (traduction)


 

Laurent : Robert, je voudrais te demander comment tu définis l’intelligence collective ? Qu’est-ce qui est différent par rapport à ce que les gens connaissent déjà du management ?

Robert Dilts : tout d’abord, d’habitude ce que les gens connaissent du management, c’est ce qu’on appelle « l’intelligence collectée »… 1 + 1 = 2. Si j’ajoute les compétences de 2 personnes, j’obtiens un tout. En intelligence collective, le tout est supérieur à l’addition des parties, on obtient 1 + 1 = 3 ou 4 ou 5. L’intelligence collective procède d’une qualité de synergie, où les gens réussissent à faire ensemble ce qui est impossible de faire seul. Très souvent aussi, émerge quelque chose de nouveau et d’inattendu, dont personne n’a connaissance.

 

Laurent : Qu’est-ce qui est nouveau et différent des autres méthodes de management que nous avons vues dans les 20 à 30 dernières années ? Est-ce vraiment différent ?

Robert Dilts : Absolument, c’est ce que je pense. La plupart des méthodes de management tournent autour de la formule 1 + 1 = 2, collaboration ! On assemble les pièces ensemble pour faire le puzzle. Le bénéfice de l’intelligence collective réside dans une collaboration générative. A bien y réfléchir, de nombreuses innovations révolutionnaires ne viennent pas d’une personne, elles viennent de la synergie de 2 personnes, comme Steve Jobs et Steve Wozniak. Apple n’est pas juste 1 + 1, c’est quelque chose que personne n’aurait jamais pu imaginer ou planifier à l’origine.

 

Laurent : Peux-tu me parler de l’incertitude, de la confusion, toutes ces pièces de puzzle qui nous emmènent on ne sait où ? Je sais que tu aimes souligner cela…

Robert Dilts : D’abord, c’est ce que nous disions… en intelligence collective, le résultat n’est pas connu à l’origine. Donc ce qui va arriver, c’est l’idée d’émergence, quelque chose commence à prendre forme, mais ce n’est pas évident de dire de quoi il s’agit…

 

Laurent : Tu parles de l’intention, que veux-tu dire par là ?

Robert Dilts : Pour commencer à créer en intelligence collective avec un groupe, il est nécessaire d’avoir une intention commune. Une intention est une direction plus qu’une destination. Tu ne sais pas où tu vas arriver. Tu conçois, tu crées sur le chemin et c’est pour cela que tu as besoin du « collectif ». Personne ne sait, personne ne peut le faire…

 

Laurent : Même le directeur général…

Robert Dilts : Absolument. Ce que je remarque souvent, c’est que les meilleurs directeurs généraux disent « mon job est de m’entourer de personnes plus intelligentes que moi. Le sujet n’est pas que j’ai une position de pouvoir. Je suis celui qui, dans un sens, pointe une direction pour que le groupe ait une intention partagée ». Alors, il y a une synergie autour de cette intention.

 

Laurent : Mais si je suis un manager, d’habitude j’essaie de fixer des objectifs, d’expliquer les objectifs, pourquoi on doit atteindre ces chiffres, l’intelligence collective semble se situer en dehors de tout cet univers…

Robert Dilts : En réalité, tout ne nécessite pas intelligence collective. Quand on fait le « business as usual » (les affaires comme d’habitude), il est question d’efficacité, alors donnons des objectifs. Mais dans le business d’aujourd’hui, ça ne suffit pas. Tu dois innover. Tu dois être en avance dans le jeu. Tu dois être en avance par rapport aux concurrents. Tu ne sais pas toujours à quoi va ressembler le nouvel état. Tu dois le créer et tu dois le créer ensemble.
Il y a un exemple concret que j’aime citer. Il s’agit d’une société très connue des télécommunications. Ils savaient qu’ils devaient créer un nouveau produit, très vite, parce que le marché change. Ils devaient faire ce nouveau produit. C’était tellement important pour leur business qu’ils ont mis 1000 personnes sur le projet. Ce qui s’est passé, c’est que l’un de leurs concurrents a été capable de faire un produit meilleur, meilleure qualité, plus rapidement – ils sont arrivés les premiers sur le marché, moins cher. Sur tous les indicateurs de performance, ils avaient surpassés le groupe de 1000. La chose la plus étonnante c’est que ce concurrent a livré le produit en mobilisant une équipe de 20 personnes.
La grande question est : comment est-ce possible que 20 personnes « sur-performent » un groupe de 1000 ? La réponse est exactement dans ce que tu es en train de me dire : le groupe de 1000 personnes était dirigé par un leader qui donnait des objectifs, disait à chacun ce qu’il avait à faire, « voici les pièces du puzzle à assembler ». Le groupe de 20 personnes ne savait pas à quoi aller ressembler le puzzle à la fin. Ils savaient qu’il y avait une direction. Dans le groupe de 1000, chacun travaillait de son coté, indépendamment; c’était de l’intelligence collectée. Dans le groupe de 20, il y avait des échanges permanents. Quand les idées fusaient, tout le monde était au courant, les idées tournoyaient autour d’eux. Là, tu vois la grande différence.

 

Laurent : Ce qui me vient à l’instant c’est que quand on parle d’intelligence collective, il s’agit d’intelligence créative.

Robert Dilts : Oui.

 

Laurent : C’est quand on a besoin de redéfinir quelque chose, un plan stratégique, un développement de produits…

Robert Dilts : Exactement.

 

Laurent : L’intelligence collective, c’est une méthodologie. On l’utilise dans des endroits spécifiques, à des moments spécifiques.

Robert Dilts : Exactement.

 

Laurent : Et c’est nouveau parce qu’il s’agit d’utiliser les 2 hémisphères du cerveau. C’est une phase d’incertitude, on ne sait pas où on est… mais quels sont les bénéfices en fin de compte ? Concrètement qu’est-ce qu’on obtient ?

Robert Dilts : L’un des bénéfices majeurs de l’intelligence collective est, premièrement, que le tout est plus grand que la somme des parties. Certaines personnes « grandissent », ils surpassent ce qu’ils sont. Dans une situation professionnelle typique, je fais juste mon boulot, j’utilise les compétences que je maitrise déjà. J’utilise mes compétences point final.

 

En intelligence collective, on accélère les capacités les uns avec les autres, l’apprentissage, le développement. En intelligence collective, on dit : « je ne suis pas juste une partie séparée, mais je suis un holon, partie de quelques chose plus grand que moi ».
Utilisons l’analogie d’une équipe sportive. Tu peux avoir les meilleurs individus athlètes, s’il n’y a pas d’intelligence collective, tu as juste un groupe d’athlètes et tu ne vas pas gagner la coupe du monde. On a vu ça de nombreuses fois, n’est-ce pas ? L’équipe avec les meilleurs athlètes ne gagne pas nécessairement. La sur-performance devient possible pour une équipe, même si les athlètes ne sont pas individuellement aussi bons que ceux d’un autre adversaire. C’est cette capacité collective qui fait différence. Encore une fois, le bénéfice c’est la performance ! En intelligence collective, dans un sens, on fait sortir le meilleur de tous. On fait même ressortir des capacités dont on ignore l’existence. C’est cette idée que l’intelligence n’est pas juste toi et moi mis ensemble. J’utilise parfois cette analogie : ensemble, l’hydrogène et l’oxygène se transforment en eau. Mais l’eau n’est ni l’hydrogène ni l’oxygène. Si tu enlèves l’hydrogène, il n’y a plus d’eau, il reste l’oxygène. Cette qualité d’interaction, c’est la clé. C’est là que les managers doivent apporter leur contribution.

 

Laurent : Dernière question… l’intelligence collective, est-ce une affaire de consultants, ou crois-tu que les managers peuvent s’approprier ces manières de diriger ?

Robert Dilts : Oh oui absolument ! Les managers peuvent se l’approprier. En fait, les consultants peuvent aider, mais cela devient réalité dans le business si les managers prennent cela à leur compte. Tu sais, ce n’est pas juste une théorie que j’ai inventée. Je suis arrivé à ces conclusions en observant, en faisant des modèles, en travaillant avec des acteurs parmi les meilleures sociétés au monde, parmi les équipes les plus performantes. Tu le constates dans les comportements naturels de managers de sociétés comme Apple, Google, et autres. Tu vois des bénéfices de créativité constante, durable, dans le succès durable qui vient, je pense, grâce à l’intelligence collective. A propos, un autre bénéfice de l’intelligence collective est l’amélioration de la résilience… parce que ce qui va arriver, c’est que chaque individu va traverser une zone de turbulences. Quand le collectif détient cette intention commune, aucun individu ne devient indispensable ! Et donc le collectif peut continuer d’avancer même si…

 

Laurent : Même si Steve (Jobs) est parti là-haut !

Robert Dilts : Oui exactement.

 

Laurent : Merci beaucoup Robert d’avoir répondu à cet interview. J’espère que vous avez trouvé de l’inspiration dans tout ce que nous a apporté Robert.

 

Réagissez à cet interview dans les commentaires ci-dessous…

NB : je voudrais également remercier Gilles Roy, l’organisateur de la formation « intelligence collective » et Emmanuel Brugvin qui m’a prêté ses services pour tourner la vidéo…