Une journée de colloque sur l’intelligence collective…

De retour d’une journée de colloque sur l’intelligence collective en Avignon…

 

Dans sa conférence, Robert Dilts explique par l’anecdote que l’équation 1 + 1 = 3 se retrouve facilement dans la nature. Ainsi, les pionniers de Californie utilisaient des mules pour remorquer de lourdes charges. Une mule pouvait déplacer une tonne à elle seule. Mais 2 mules attelées devenaient capables de tirer 2,5 tonnes ! Quant à 20 mules associées… 40 tonnes.

 

Pour illustrer le propos de l’intelligence collective, il rappelle aussi cette idée simple et lumineuse : 2 personnes se rencontrent porteuses chacune de 1$ en poche (Robert est américain). Si chacun donne son dollar à l’autre, les 2 personnes repartent avec… 1$ ! Aucune création de valeur. Si ces 2 mêmes personnes décident de partager une idée avec l’autre, chacun repart riche de 2 idées. Aucun des 2 n’a perdu quoi que ce soit, il y a eu création de valeur pour les 2, sans compter les effets collatéraux de la combinaison des 2 idées.

Dans les entreprises, l’esprit compétitif s’inspire des stratégies de guerre alors que l’esprit coopératif produit la paix. Seulement, il convient de changer tellement de positions de pouvoir et d’avantages acquis que la mutation est difficile. Robert évoque pourtant la cruelle expérience d’un de ses clients, grand opérateur télécom français (qu’il ne cite pas), qui lui a demandé une analyse sur un cuisant échec : après avoir réuni 1000 collaborateurs sur un projet innovant d’importance majeure, l’opérateur s’est fait damer le pion sur la vitesse de mise sur le marché, le prix, la performance du produit, par un concurrent qui a mobilisé… 20 personnes ! Vous avez bien lu, 20 personnes plus performantes que 1000 ! Le secret : l’équipe de 1000 personnes travaillait sur des modèles archaïques de management : taches bien décrites et assignées précisément, reporting traditionnel, management de contrôle, etc… L’équipe de 20 personnes instrumentalisaient régulièrement des séances de brainstorming en intelligence collective, remettait en cause en permanence les décisions, ajustait le cap dans le quotidien avec une dynamique foisonnante.

 

Prenez 2 bulles de savon. Collez-les l’une contre l’autre. Chaque bulle est une idée.2 bulles de savon

Premier choix (trop souvent le cas dans les débats d’entreprise) : la première bulle cherche à dominer la deuxième et la crève. Résultat, il reste une bulle – et de la démotivation…

Deuxième choix : on prend du recul, on regarde, que voit-on ? 3 entités : on distingue chacune des 2 bulles et l’entité assemblée des 2 bulles. 1 + 1 = 3, illustration visuelle.

 

Prenez maintenant 10 bulles se savon. Collez-les les unes contre les autres. Combien d’entités voyez-vous ? Des quantités !

La force de l’intelligence collective déboule de ce constat : si l’on réussit à passer du traditionnel affrontement, de la bataille des idées pour vaincre… à l’écoute véritable – avec le cerveau et le coeur – la création de valeur devient sans limite. Je voudrais souligner un point majeur : il est courant qu’en écoutant quelqu’un, on le trouve naïf, ignorant, peu informé, plein de jugements (qu’on évalue simplistes si on connait le sujet). On est alors tenté de l’élever dans son niveau de connaissance en lui montrant qu’on en sait plus long que lui sur le sujet. Hors, la bulle de cet interlocuteur nous atteint à un autre niveau de communication que celui de l’idée elle-même : si nous acceptons le principe de l’intelligence collective, l’idée (qui nous parait simpliste) devrait nous remuer dans notre nécessaire travail à accomplir de compréhension de l’autre, du développement d’arguments limpides en utilisant les outils de la symbolique, la capacité à poser de bonnes questions plutôt que de rester en affirmations péremptoires.

 

L’intelligence collective demeure un grand défi pour les relations sociales et les entreprises. L’association de méthodes de travail innovantes, la nécessité de sensibiliser le management au développement personnel, la faculté de la direction à oser s’exposer, accueillir l’improbable, rendent le parcours plein de promesses, chargé d’inconnues, dérangeant. A une époque de profondes mutations, n’est-il pas opportun de se saisir de l’approche d’intelligence collective sur laquelle les résultats probants s’accumulent  ?

 

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