Le côté obscur de la force

Dans un belle salle de réunion en haut d’une tour de Montréal, la réunion se passe en anglais. Parfaitement bilingue et diplômée de l’enseignement supérieur, elle a pris cette mission au vol : elle sert ces monsieurs et 2 ou 3 femmes pour les désaltérer et les sustenter pendant leur « sommet ». Au total une vingtaine, ils ignorent qu’elle comprend tout leur charabia anglais. Ici, on est en francophonie.

 

 

Le CEO et ses acolytes se congratulent des résultats financiers extraordinaires de leurs filiales. Le CEO répète rigolard qu’il est un “asshole” (un connard). Il félicite ses supers collaborateurs de leurs résultats. “Tout le monde veut travailler avec nous”.

La discussion tourne autour de « comment faire plus de fric, comment faire plus de fric, comment faire plus de fric ». Il paraît que la filiale australienne va mal. Pas grave, on lui réglera son compte s’il le faut. Quelle est la conséquence de cette crise dans l’investissement au Moyen Orient ? Goguenard, le responsable, répond : « dans le court terme aucun impact, dans 15 a 20 ans sans doute mais je m’en fous, je serai à la retraite ». Tout le monde rigole de la bonne blague. Pognon et pognon, comment faire plus de pognon, c’est le seul sujet. Quelqu’un évoque les pots de vin et la corruption dans une autre filiale. Pas un problème, les affaires tournent. Le CEO coupe court à ce début de débat, jetant un œil à la serveuse : « nous ne sommes pas complètement entre nous ».

 

Ramassant les assiettes, essuyant les miettes, comprenant tout ce qui se dit, elle a envie de hurler. Pourtant, elle se dit que ça ne servirait à rien.

 

La réunion se termine, l’assemblée se sépare. Le CEO reste dans la salle et se jette sur son smartphone pour regarder des cours de bourse. Inquiet, il passe un coup de fil : «que s’est-il passé depuis 2 heures ? J’étais pris dans une réunion avec des imbéciles. »

 

Elle termine son service. Elle a envie de vomir, de pleurer, de crier. Elle vient de passer plusieurs jours à accompagner une copine dont le père vient de faire une tentative de suicide. Peut-être travaille-t-il dans une filiale lointaine aux profits éblouissants ? Qui sait ?

 

Cette anecdote authentique m’a été racontée par une jeune femme de 26 ans, les yeux qui brillent de vie et d’espoir.

Sans commentaires.

Je dédie cet article à une jeune femme magnifique
que j’admire pour sa joie de vivre,
sa spontanéité, son grand cœur.