La fable du colibri et mon oncle Paul…

par | Leadership | 2 commentaires

La fable du colibri est ultra connue… Le petit oiseau fait des aller-retour (nb : l’orthographe du pluriel de cette expression fait débat) à la rivière, remplit son bec minuscule, et va le verser sur l’incendie qui fait rage dans la jungle. Les autres animaux fuient et se moquent de lui, du Lion à la Girafe, de la Gazelle au Singe : “tu es ridicule colibri, jamais tu n’arriveras à éteindre le feu”. “Certes”, répond-il, “mais moi je fais ma part”.

 

Ecouter l’article en podcast:

 

Quand je raconte cette histoire en coaching ou dans les formations de management, cela laisse parfois les participants… rêveurs. Quelle bêtise cette fable du colibri : “et les ordres de grandeur alors, qu’en fais-tu grand sot ?”.

Chacun se sent tellement dans l’impuissance, la contrainte, l’obligation, la peur, tout petit maillon d’un système qui écrabouille les nobles intentions.

Alors je raconte l’histoire de feu mon oncle Paul de Vathaire…

 

Quand j’étais étudiant à Rouen au début des années 80, j’ai été hébergé quelques années par mon oncle Paul. Il me louait un appartement niché dans les locaux d’un foyer de repris de justice. Oncle Paul, vieux prêtre de 75 ans à l’époque, était arrivé jeune curé à Rouen. Après quelques visites à des prisonniers, il avait convaincu son évêché de créer un foyer pour ces humains perdus qui, sortant de prison, ne savaient plus où aller. Oncle Paul avait ainsi créé successivement 4 foyers à Rouen et accueilli des centaines de repris de justice.

Je me souviens avec affection de ce vieux bonhomme, haut comme 3 pommes, aveugle d’un oeil, l’autre pupille au champ de vision très réduit (il faisait des ronds de tête pour trouver mon regard). J’avais à peine plus de 20 ans.

 

Un jour en ma présence, il reçoit dans son bureau un grand escogriffe, ballot, 2 fois la stature et les épaules de mon oncle :

  • “Père, pouvez-vous m’accueillir dans votre foyer ?”
  • “Quoi, répondit avec autorité et agacement mon oncle, tu t’es fait reprendre par la police ? Qu’as-tu encore fait ?”
  • “J’ai blablabla”… (je ne me rappelle plus du méfait avoué, par le grand penaud)
  • “Bon, je ne sais pas, il faut que je regarde si j’ai de la place, …”  répondit énervé mon grand oncle.

C’était son quotidien depuis plus de 50 ans.

 

Le grand escogriffe parti, je restai discuter avec oncle Paul et lui demandai :

  • “Oncle Paul, vous avez sans doute vu des centaines d’anciens prisonniers passer dans vos foyers, peut-être des milliers. Combien s’en sont sortis vraiment, ont réussi à retrouver une vie normale hors du vol, du viol, du crime ?

 

Mon oncle Paul, intrigué par ma question, fit 2 ou 3 roulements de tête, réfléchit à ma question tout en cherchant mon regard. Il me répondit :

  • Je crois qu’il y en a 1 qui s’en est sorti, peut-être 2 !!!

 

Dans sa réponse, ce qui me stupéfia, au delà du chiffre désolant et dérisoire, c’est le ton qu’avait employé mon oncle : aucun regret, aucune plainte, aucune désolation, pas un brin de tristesse. Un constat, terrible, sans appel, sans fierté non plus. Une réponse, comme dans la fable du colibri, de celui qui a fait sa part.

 

Nous sommes tous des colibris. La complexité de l’univers nous dépasse, nous sommes tous d’accord. Mais notre impact sur le proche environnement, au travail ou dans la société, si minime soit-il, est essentiel. Quel que soit le morceau de pouvoir que l’on détient, chaque petit acte prend une dimension proportionnelle à notre territoire de jeu. Agir en colibri, sans attente de retour, juste pour devenir, comme le suggère le Dalaï Lama, un meilleur humain.

Agir pour l’exemple, sans illusion et avec détermination.

Ma collecte d’une promenade en campagne, qui, en principe, ne finira pas dans le ventre d’une baleine…

 

De temps en temps, il me prend d’aller marcher dans la colline, dans la ville, muni d’un sac vide. Je le remplis au gré des rencontres de bouteilles vides, canettes, sacs en plastique, paquets de cigarettes écrasés et autres détritus. Combat perdu d’avance, me direz-vous, bec minuscule de colibri…

 

(article dédié à feu Paul de Vathaire)

 

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2 Commentaires

  1. Saturnin

    Instructif !

    Réponse
  2. cavelier

    excellent !! à méditer et à reméditer encore …

    Réponse

Trackbacks/Pingbacks

  1. La maison brule et nous regardons ailleurs - […] continuerai à faire le colibri, à ramasser du plastique dans la nature, à enseigner les accords toltèques dans le…
  2. Est-ce que ça va plus mal ? - […] porte à penser que la question demeurera éternellement en débat. Tout porte à agir en colibri pour échapper à…
  3. Non, non et non, 3 raisons pour dire non ! - […] ici de rejeter la grandeur du service et de l’attention à l’autre (je repense à mon oncle Paul). Il…

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Que pensez-vous de ces 2 anecdotes ?

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