Le bouc émissaire, c’est bien pratique pour éviter de résoudre le problème…

by | Décider, Equipe, Intelligence collective | 0 comments

Avez-vous un bouc émissaire ? Vous devriez en chercher un, c’est bien pratique pour éviter de résoudre le problème. Trouvez un responsable, transformez-le en coupable, juste en laissant s’exciter les “bouches folles”. En réalité, il convient de travailler les faits, écarter les opinions, chercher les causes profondes du défi en cours. Dans cet article, je raconte comment, lors d’une intervention de conseil en entreprise, toutes les personnes m’ont désigné un bouc émissaire. Or, une séance de brainstorming a permis de transformer la perception de tous, faire gagner du temps et de l’argent à l’entreprise…

 


L’enquête

J’arrive un peu en avance. Un déjeuner est prévu pour détendre l’atmosphère avant la réunion qui doit durer toute l’après-midi. Je croise dans les couloirs quelques participants à la réunion, pose quelques questions. La réunion a été organisée rapidement, je suis l’animateur, le facilitateur, peut-être (on verra) catalyseur de la réaction chimique du groupe.

 

Le déjeuner se passe, l’ambiance me parait lourde, le boss arrive au dessert. Pour faire court, j’ai compris de mon enquête préalable que cette réunion est montée à cause de Monsieur Machin qui fait sa mauvaise tête. “De toute façon, il est insupportable, cette réunion est une farce, une perte de temps” est la synthèse des commentaires entendus à son propos. J’écoute, je suis influencé, je commence à regarder Monsieur Machin avec des arrière-pensées soupçonneuses. Il a d’ailleurs l’air tendu, son visage traduit la culpabilité probable. Consultant externe, je suis le point d’interrogation de la réunion, celui dont on se demande pourquoi il est là, celui aussi qu’on essaie, consciemment ou non, de mettre dans son camp.

 

Un processus de résolution de problème

J’ai prévu une méthode de travail qui suit un processus de résolution de problème. Le boss, à la forte personnalité, m’a laissé le champ libre pour agir. Il remet en cause, un instant, le circuit que je propose de prendre, en particulier quand j’invite les participants à se lever et venir noter les problèmes identifiés, pour faire ressortir des priorités consensuelles. Mais il joue finalement le jeu, et me laisse guider le groupe dans un “vidage de sac” structuré.

 

L’ambiance s’est un peu détendue, le boss continue de poser les questions tranchantes dont il a le secret, de régulièrement faire le tri entre les justifications (dont il a horreur) et les propositions parfois camouflées dans la confusion des propos. Soudain, le suspect commence à bouillir. Ah, Monsieur Machin craque, on va pouvoir sonner l’hallali, le trucider sur la place publique. Chouette, tout le monde adore çà. A chaque projet son bouc émissaire, à chaque problème la défausse sur les autres.

 

Ecartelé entre les exigences

Il bouille sur place. Le boss demande : “as-tu une synthèse chiffrée des coûts de développement et de production du produit ?” Le suspect est bien préparé. Il me prend le cordon du videoprojecteur et affiche à l’écran un découpage précis des coûts. Total : près de 80€ par produit ! Le boss sursaute : “mais le prix du marché pour un tel produit ne peut pas dépasser 50€ ! Comment se fait-il qu’il nous coûte si cher ?” L’exercice passe alors à l’analyse de chaque ligne du budget. Les participants expliquent chacun leur tour pourquoi ils ont demandé à Monsieur Machin de rajouter telle ou telle fonctionnalité. Monsieur Machin, cerné de demandes, nullement dans une position d’arbitrage (d’où l’intérêt d’un Sponsor de projet), se trouve écartelé entre les exigences plus ou moins fondées de ses partenaires, et la volonté de rendre service.

 

Le boss tranche, décide que le développement de ce produit doit être arrêté. Il me glisse, au milieu d’un moment de relâche “cette réunion valait le coup“, et je comprends “elle valait le coût“.

bouc-emissaireSoyons franc, j’ai failli tomber dans le panneau du bouc émissaire. Tout le monde le montrait du doigt. Il me paraissait un peu bourru et stressé, la gueule de l’emploi en quelque sorte… Une fois de plus, les apparences n’étaient-elles pas trompeuses ?

 

Relisez la fable de la Fontaine “les animaux malades de la peste“… il y a toujours une morale à chaque histoire.

De celle-ci, on peut tirer quelques enseignements :

  1. pendant une enquête, il est important de garder distance avec les influences, juste écouter, écouter sans tirer de trop rapides conclusions
  2. un bon processus d‘intelligence collective permet de vider le sac des participants pour les mettre dans un état de résolution de problème
  3. un bon leader apprend à faire le tri entre les faits et les opinions
  4. sous les multiples pressions, le danger de dire oui à tout risque de couter cher à l’entreprise

 


 

A ce propos, selon Nicolas à qui je racontais cette anecdote… Lévinas aurait expliqué lors d’un commentaire talmudique que “si tout est monde est d’accord pour condamner un prévenu, libérez-le tout-de-suite, il doit être innocent”

 

Partagez, en commentaires, ce que cette anecdote vous inspire…

0 Comments

Trackbacks/Pingbacks

  1. Le droit à l'erreur, grille d'analyse en 6 points - […] lui colle tout sur le dos (probablement pour se dédouaner – exercice classique du bouc émissaire) ? A votre…
  2. Le Comité de Pilotage, clé du succès des projets à fort enjeu... - Le blog de Laurent de Rauglaudre - […] dans la gestion des projets (c’est d’ailleurs utile quand le top management cherche un bouc émissaire si la situation…
  3. Qu'est-ce qu'un Sponsor de projet ? Rôle par rapport au chef de projet ?Le blog de Laurent de Rauglaudre - […] de débats stériles, de perte de temps en réunions improductives, et de recherche du coupable (le bouc émissaire) au…
  4. Gestion de projet et agilité - Table ronde en ligne - Laurent De Rauglaudre - […] réalité de terrain. Si ça tourne mal, il est tellement facile de prendre le chef de projet comme bouc…

Submit a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

Publication

 

groupe mastermind

Co-auteur du livre “Les groupes Mastermind, accélérateurs de réussite”, premier ouvrage publié en français sur le sujet. Co-écrit en intelligence collective. Egalement disponible en anglais et en espagnol.

Hé hé, c’est quoi un consultant libre ?

Un consultant libre, c’est :

  • – un entrepreneur
    – un créateur de valeur
    – de l’expérience de terrain à partager

Je vous invite à :

Bonne découverte…

Laurent de Rauglaudre

Anecdote vécue comme consultant

Après lui avoir présenté mon offre, le Directeur Général me dit : “vous êtes plus cher que votre concurrent qui a une belle expérience dans une grande entreprise américaine. Cependant, le courant passe bien entre nous, et je préfère votre proposition”. Il signe alors l’offre à 10 000€, et ajoute : “si nous devons continuer à travailler ensemble, je négocierai vos prix”.

Je réponds “bien sur”… Je réalise la prestation avec son équipe de direction : un diagnostic, suivi d’un séminaire de 2 jours en intelligence collective, une synthèse de recommandations.

A l’issue de la mission, le Directeur Général me demande une nouvelle offre. Moins d’une semaine plus tard, je lui propose une mission à 30 000€. Il signe et me dit : “je ne négocie pas le prix car je connais la qualité de la prestation que j’achète”.

Dans cette anecdote se trouvent dissimulés les “secrets” de la vente de valeur. Je vends de la valeur, je ne vends pas du temps. Pour en savoir plus, voici 5 vidéos gratuites à écouter : comment bien vendre du conseil aux entreprises…

Anecdotes vécues en entreprise

N°1 : je rentre dans le bureau de mon chef. Depuis 3 semaines, je travaille un plan marketing avec mon équipe. Je vais lui présenter les résultats de ce travail d’une dizaine de collaborateurs de qualité. Lui, top manager, diplôme le plus ronflant qu’on puisse trouver dans notre douce France, m’écoute moins de 5 minutes. Tout d’un coup, il se lève, tout sourire, se dirige vers le tableau blanc accroché au mur : « OK Laurent, ce n’est pas du tout comme cela qu’il faut s’y prendre ».

Suit une magnifique démonstration, brillante. J’ai le moral à zéro, je sors de son bureau en pensant: « on est une équipe nulle. En 5 minutes, il a démonté tout notre travail »…

N°2 : je rentre dans le bureau de mon chef. Depuis des mois, je me débats sur un projet complexe, qui implique tous les départements de l’entreprise. Je viens comme chaque quinzaine, une heure dans son bureau pour lui présenter mes « petits soucis ». Il est américain,  directeur financier, l’entreprise pèse 1 milliard d’€ de chiffre d’affaires. Avant, il était contrôleur financier mondial d’Intel – vous savez la petite boite américaine qui met des puces électroniques partout. A chacun de nos tête-à-tête, il m’écoute lui raconter mes petits malheurs. Puis il me pose des questions, ouvertes la plupart du temps (en anglais): « que penses-tu que … », « pourquoi crois-tu que … », « quelles sont les pistes que tu imagines… ». Après chaque entretien, je ressors de son bureau gonflé à bloc.

Que pensez-vous de ces 2 anecdotes ?

Aller plus loin en téléchargeant l’ebook “7 clés pour devenir un leader inspirant”

Chaine youtube

Prochains évènements

 

Désert : marche initiatique – 1 semaine
– du 6 au 14 novembre 2021