Coachs et consultants, quelles sont les actions vigoureuses à engager maintenant ?

Avez-vous déjà été sur un petit bateau, et vu une grosse tempête approcher ? Sommes-nous en train d’observer l’ouragan arriver et traiter des questions hors sujets ? Coachs et consultants, quelles sont les actions vigoureuses à engager maintenant ?

 

Chronique de la crise du Coronavirus vue de Zagora, avril 2020

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J’ai la chance de participer à de nombreux échanges et réflexions avec des coachs et consultants. Nous posons-nous les bonnes questions ? Celle que nous avons démocratiquement choisie récemment, lors d’un exercice avec quelques collègues  me parait hors sujet : “peut-on vivre heureux seul sur un radeau ?”

 

Pour moi, l’ouragan arrive. Nous ne sommes pas encore dedans. Nous sommes juste en train de l’apercevoir. A titre personnel, je suis même dans un confort paradoxal : loin de ma famille certes et avec une énorme incertitude sur l’avenir (travail, protection sociale, possibilité de rester au Québec, école pour mon petit dernier sont autant de questions sans réponses), et en même temps dans un ilot de tranquillité. Les Berbères prennent soin de moi, j’ai une chambre sympa, une vue magnifique, une guitare. Je chante, je publie mes interprétations d’auteurs que j’aime bien – la création, l’art, le partage de nos petits ou grands talents me paraissent de bonnes pistes pour exhorciser les peurs. Calme paradoxal et illusion d’optique.

 

Je ressens l’ouragan se rapprocher

 

Oublie-t-on que la grippe espagnole en 1918-1919 a fait entre 40 et 100 millions de mort selon les estimations, c’est-à-dire potentiellement autant de morts que les 2 guerres mondiales réunies ? Oublie-t-on que les fascismes ont émergé de la misère des grandes crises ? Les fascismes et autres extrêmismes adorent la misère pour prendre le pouvoir.

 

Au dela de la crise du Coronavirus qui, à l’heure où j’écris ces lignes et à quelques exceptions près, a surtout atteint les plus fragiles d’entre nous, aucun des grands problèmes qui nous envoient tous vers le mur n’est traité avec suffisamment de vigueur : le climat, la biodiversité, la maltraitance des animaux, la diffusion effrénée des armes, la condition des femmes, l’écart entre les super-extra riches et la pauvreté.

 

Ici, dans le sud du Maroc, plusieurs personnes me disent qu’ils ont de l’argent pour une semaine ! 1 semaine ! Dans la maison d’hôte où je suis le seul résident, d’habitude on affiche complet au mois d’avril. Heureusement, la solidarité joue à plein dans cette société rurale où le mot “relation” est encore très vivant : Youssef, mon partenaire Berbères des marches-coaching dans le désert que j’anime, vient me voir ou m’appelle tous les jours…

 

Nous les coachs et consultants, quelles sont les actions vigoureuses à engager maintenant ?

 

Je reviens à cette question car nous les coachs et consultants risquons d’être hors sujet. Bien sur, nous avons besoin de méditer, de nous nourrir de lectures inspirantes et autres groupes de réflexion. Pour pouvoir donner de la force à ceux que nous influençons, nous avons besoin de recharger nos batteries.

 

Là, maintenant, tout de suite, la question du bonheur me parait totalement hors-sujet. Reprenons l’image du bateau. Avez-vous déjà été dans une tempête sur un petit bateau ? Cela m’est arrivé plusieurs fois, dont celle que j’évoque ci-dessus. Dans la tempête, l’heure n’est alors plus à l’empathie mais à l’énergie. Si quelqu’un ne se sent pas bien, a le mal de mer, il doit rentrer s’abriter, s’allonger sur une couchette, vômir peut-être. Pour le moment, on ne peut pas faire un cercle de parole : les vigoureux doivent prendre des ris dans la voile ou mettre le bateau à la cape, être à la barre pour que le bateau aborde au mieux les déferlantes (pour les non marins qui lisent ce texte, cela signifie qu’il faut se concentrer sur la sécurité du bateau et des personnes à bord). Les vigoureux à la manoeuvre sur le pont, ceux qui ne se sentent pas bien ou sont tétanisés par la peur vont se protéger à l’intérieur, et de temps en temps, les vigoureux vont se reposer. Pas question de juger qui que se soit : on peut être chacun son tour vigoureux, puis vômir (je suis passé par les 2 états dans les tempêtes en mer).

 

Comme faisait remarquer une coach dans notre belle discussion, peut-être que le sillon n’est pas encore assez profond, peut-être n’a-t-on pas encore assez mal… L’une des mauvaises habitudes des humains est de ne pas considérer la tempête quand le temps est calme. Alors on batifole sur le pont, on laisse le carré en désordre (pour ceux qui ne connaissent pas le langage marin, le carré est l’espace commun, dans la cabine, avec la cuisine, les couchettes, la table à carte). Le carré en désordre devient un cauchemar quand la tempête est arrivée.

 

Mon propos ne veut en rien culpabiliser qui que ce soit, encore moins mes adorables confrères/consoeurs avec qui nous avons de riches échanges. Je vois une barre noire, très noire, se profiler dans les nuages à l’horizon. Cette barre de nuages noirs arrive plus vite que nos rues vides et silencieuses nous le font croire. Le décompte des morts du coronavirus effraie à peine (pour le moment).

 

Nous les coachs et consultants, sommes influents. Influents car nous avons du recul, souvent un long parcours semé d’obstacles et de coups. Nous avons appris à nous relever. Les “élites” (j’ai horreur de ce mot mais bon), qui dirigent et prennent les décisions, nous écoutent, écoutent nos questions. Comment leur poser les questions qui vont leur faire prendre les bonnes directions ? Comment vigoureusement prendre le micro pour faire davantage de bruit que le concert de fausses nouvelles (fake news) ? Comment pousser les leaders à vraiment s’écouter mutuellement, à développer l’entraide plutôt qu’à continuer le concert des egos et des égoïsmes ? Oublient-ils que leurs propres enfants sont concernés par tous les dangers précédemment évoqués et pas seulement leur portefeuille d’actions en bourse ? Comment les élever à la conscience qu’aucun des grands problèmes ne se résoudra sans concertation et action commune ?

 

Que peut-on répondre aux milleniums qui nous regardent agir, qui nous écoutent : “une seconde les enfants, ne faites pas de bruit, nous débattons du bonheur !”

 

Chers amis, nous, les têtes chenues (comme disait feu Brassens) seront morts quand nos successeurs se débattront avec nos héritages. Nos successeurs, c’est trop impersonnel ce mot là, disons plutôt : nos enfants !

 

Comme je le chante dans cette composition “le coronavirus à la ceinture” sur une musique de Graeme Allwright, comment “faire la nique aux nouvelles tristounettes qui transforment les humains en proies” ? Ne devenons-nous pas les proies des sots et aussi de nos modèles de pensée inadaptés aux temps vraiment tourmentés ? La question est-elle d’appliquer une méthode quand c’est la tempête ? La question est-elle plutôt de prendre soin des fragiles, les mettre à l’abri, et d’agir avec vigueur sur le terrain ? Au diable la méthode, c’est un sujet pour les temps calmes où théoriquement, on devrait préparer la tempête.

 

Je ne prétends avoir aucune réponse simple. En revanche, je ressens le danger de l’action inappropriée. Dans l’anecdote de la barre de nuages noirs qui nous fonçait dessus, nous avons pris une mauvaise décision qui aurait pu nous couter la vie : nous nous sommes approchés de la côte pour tenter de nous mettre à l’abri. Par une chance inouïe, nous avons échappé aux rochers qui étaient à quelques encablures. Il eut fallu prendre une décision “contre intuitive” pour des marins peu aguerris que nous étions : mettre le cap vers la pleine mer, être certes ballotés mais rester loin des rochers qui représentaient un risque beaucoup plus important que les vagues traitres et désordonnées de la Méditerranée furieuse.

 

Coachs et consultants, quelles sont les actions vigoureuses à engager maintenant ? Quelles sont les initiatives contre intuitives qui peut élever nos contributions ?

 

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