La communication consume, la relation construit

Quel est l’impact sur notre qualité de vie de l’hyper communication ? En quoi la relation est-elle vraiment différente de la communication ? A quoi sert de construire des relations ? Pourquoi le temps joue-t-il un rôle capital dans la construction de la relation vraie ? Comment la communication consume-t-elle le temps disponible ? “La communication consume, la relation construit”, que signifie ce raccourci ? Les enfants ont-ils quelque chose à nous apprendre ?

Chronique de la crise du Coronavirus vue de Zagora – 3 mai 2020

 

Si j’analyse mon temps de lectures de ces derniers mois, combien de nombreuses heures ai-je passé à regarder bêtement les âneries de Donald Trump ? Champion pour nous faire consommer de la communication, ses interventions irrespectueuses, irresponsables, dangereuses, captent, capturent même l’attention. Je consume une partie de ma vie actuelle à ces agitations dérisoires. Je suis un badaud qui traine autour du lieu de l’accident pour apercevoir un peu d’horreur, de sang, de sensationnel. Comment cela me construit-il, me nourrit-il ? L’hyper communication  n’est-elle pas bien souvent futile ? Ne suis-je pas en train de consumer ma vie en laissant ces inconsistances prendre tant de place ?

 

L’hyper communication empêche-t-elle d’approfondir un sujet et conduit-elle à faire des bêtises ? Dans mon top 3 du bêtisier, pendant cette crise du coronavirus, j’ai commenté un commentaire vaguement entendu je ne sais où. Un commentateur de mon article m’a interrogé. J’ai à mon tour répondu avec un commentaire dont je n’ai d’abord pas vérifié les sources. Ensuite, j’ai corrigé mon commentaire, car je me suis rendu compte que je m’étais précipité. Un peu partout, l’avalanche de commentaires ineptes enrichit une communication qui n’a plus aucun sens. Quelquefois, je traine à lire des avalanches. J’en ressors rarement en bonne forme, souvent désolé, pour ne pas dire découragé.

 

Consumer ma vie !

 

Pouvez-vous passer 1 minute à méditer ces 3 mots.  Consumer, bruler sa vie. Cette crise du Coronavirus a révélé des quantités de créations humoristiques, musicales, artistiques. En échangeant ce matin avec une amie, nous partagions le fait que “la création est une thérapie”

Chacun peut accéder à son “créateur intérieur”, sous réserve de laisser du temps à la relation de se créer. Si j’adopte l’attitude de l’hyper communication, si j’en fait une croyance essentielle, il n’est plus de temps pour les livres, pour la promenade, pour l’ennui, pour la discussion longue et impromptue, pour la création… Notre joujou collé à la main a pris la place de toute relation.

 

Pourtant, n’est-ce pas la relation aux autres, la relation à soi, qui construit. La relation est une vraie présence, une attention centrée, exclusive, privilégiée, choisie. La relation demande du temps. Elle ne se contente pas de la superficialité de la vitesse. J’adore le TGV, mais je vois la campagne quand je marche dans le décor. Ce temps qui nous est ôté par notre propre démission, par notre curiosité morbide de badaud, par nos réflexes à surveiller “quelle est la dernière bêtise du président américain que je traque, qui me fait cliquer encore et encore”. Le temps est pourtant notre choix. “Le temps est mon choix” est le titre que je donne à de nombreuses publications. C’est un choix courageux, un choix de conscience, un arbitrage.

 

Pour créer de la relation, il faut du temps. Je suis étonné de cette norme adoptée maintenant : “vous avez une heure !” Une heure pour faire connaissance, une heure pour la réunion, une heure pour le coaching, une heure pour me convaincre. La création de la relation, nourrir la relation prennent du temps. Le temps joue son rôle dans le tissage du lien. Le lien devient la richesse, le lien est la richesse. Le PIB je m’en fous ! Les liens créés, c’est la principale richesse de la vie humaine.

 

Quand j’écris que la communication consume, la relation construit, il s’agit bien de l’image de l’incendie pour l’un, l’architecture pour l’autre. Je structure mon univers intérieur dans l’échange profond avec les humains qui m’entourent. Comment faire durer un amour sans des heures d’écoute, d’échange, de plaisir, sans compter le temps qui s’égrène ? Comment diriger une entreprise pérenne sans une équipe de direction qui consolide le travail de vision, de valeurs, de mission, de rôles ? Suis-je un titre “directeur de la production”, “directrice de la R&D” ? La relation prend du temps. On ne bâtit pas une cathédrale ou le pont de Millau en un coup de baguette magique. “Vous avez 1 heure” sonne pour moi comme une injonction à communiquer vite… et souvent mal. 1h peut suffire parfois. 1h ne suffit pas toujours.

 

 

Ce matin, je lis un interview de Pierre Rabhi

Pierre Rabhi, agriculteur, philosophe et essayiste français d’origine algérienne.
Maison Neuve. Ardèche. 7 mars 2013.
© Guillaume ATGER / Divergence pour l’Express

“Cette crise sanitaire est une leçon magistrale, l’homme n’est pas tout puissant face à la nature” Pierre Rabhi

 

Je suis tombé par hasard sur cet article. J’aime beaucoup Pierre Rabhi. La parole sonne juste. « Il y a un monde sur lequel je peux agir, sur lequel je suis souverain, et ce monde, c’est d’abord le mien » dit-il. Lire son article prend du temps. Trouver son article est soit une action proactive de surveillance de ma part de ce type de publications, soit le fait du hasard dans mes déambulations aléatoires dans le monde la communication.

 

La communication est-elle un mal en soi ? Bien sur que non. La question n’est-elle pas plutôt dans ma propre attitude à lui donner tout pouvoir sur mon temps, au détriment de la création de la relation vraie… L’autre matin, Mustapha, le petit garçon de la maison d’à coté me tendait son jouet à faire des bulles, alors que j’écoutais de sérieuses et instructives conférences Tedx. Puis le petit garçon a fait des pirouettes et sauté sur le matelas pour attirer, détourner mon attention. J’ai réorienté ma priorité, suis rentré un instant dans son monde. Il avait de la Joie à partager. Les enfants sont nos éducateurs de la Joie. Un jour en rentrant de l’école, mon petit dernier, âgé de 4 ou 5 ans, vient me voir dans mon bureau. Je le reçois mal. Je suis très occupé à des affaires très importantes. Aucun souvenir de ce que je faisais à ce moment-là. Souvenir terrible de la leçon que mon petit garçon m’a donnée. Tout déçu que je ne lui accorde pas les 10 minutes d’attention et de tendresse qu’il me demandait, il s’est arrêté à la porte, m’a regardé et dit : “les enfants c’est plus important que les ordinateurs”. Une des plus grandes gifles de ma vie !

 

Faudrait-il ajouter à nos directions de département d’entreprise : “Direction de la communication et de la relation” ? Un copain me parlait récemment de sa Direction des Richesses Humaines. Et si nous étions des richesses plutôt que des ressources, des richesses qui ont besoin du temps pour s’épanouir, tisser des relations mutuellement bénéfiques ?