C’est quoi un bon coach ? 7 leçons apprises sur le terrain…

par | Coaching, Débats, Leadership, Podcasts

Savez-vous qu’est-ce qui fait un bon coach ? Je partage dans cet article 7 leçons apprises sur le terrain… depuis 2003, auprès de mes clients.

Ecoutez cet article en podcast :

La littérature sur le coaching est à peu près aussi épaisse que celle sur le réchauffement climatique, la deuxième guerre mondiale ou Napoléon. 

Plagiant l’introduction d’un des livres d’André Comte-Sponville consterné devant le nombre de livres des bibliothèques et s’interrogeant sur l’intérêt d’en rajouter un, il est légitime de se demander à quoi bon en rajouter une couche pour tenter de définir « c’est quoi un bon coach » ?

Quel est mon pourquoi de cet article : une conviction que toute expérience humaine est singulière et que cette singularité-là a une valeur en soi… même si elle finit par s’éteindre comme la flamme de la vacillante bougie.

Pour vous donner un avis, je partage ma propre expérience.

Début 2003, je quitte définitivement le salariat. Je ne sais rien faire puisque je suis manager, à part faire bosser les autres, par conséquent je choisis le métier de « conseil en management ».

Dans les premières semaines, je rencontre le DAF d’une belle PME, un ancien collègue. En quelques minutes, j’explique mon projet : animer des séminaires d’équipe (sans utiliser encore l’expression « d’intelligence collective ») et donner des formations. Il écoute attentivement et après quelques minutes d’échange, à mon grand étonnement, il dit à peu près ça :

« Laurent, c’est super ce que tu proposes, mais je n’en ai pas besoin pour le moment. En revanche, j’aimerais te prendre comme coach ! »

 

Leçon numéro 1 apprise sur le terrain :

Un bon coach est choisi par ses clients !

 

A vrai dire, j’étais sur le cul. Je ne m’attendais pas à cette proposition et j’en ai parlé à mon propre coach qui m’envoya une grande bourrade pour conforter ma légitimité. Ce DAF est devenu mon premier client de coaching, et par la suite, j’ai réalisé près de 200 000€ de chiffre d’affaires avec cette entreprise dans les années qui ont suivi.

« Alors, direz-vous, tu t’es lancé dans le coaching sans formation ? »

Au risque de choquer, ma réponse est « oui ». Quand j’ai interrogé mon coach sur la nécessité de la formation pour exercer, il a étrangement répondu : « avec tes qualités d’écoute, ton expérience, et tes méthodes, tu peux tout à fait vendre du coaching de management. Tu peux éventuellement compléter ta pratique avec une formation, mais ce n’est nullement nécessaire. »

Fort d’une confirmation de ce coach qui m’avait accompagné dans des moments de très grandes tensions politiques quand j’étais conseiller personnel du CEO de Gemplus (à l’époque 7500 employés et 1,5 milliards d’euro de chiffre d’affaires avec 14 usines dans le monde), ainsi que de dans d’autres circonstances de management, pendant des années j’ai ajouté « accompagnement personnel de managers » à l’offre, tenant le mot « coach » à distance.

A plusieurs reprises, j’ai tenté de participer à une formation « certifiante » de coaching. 

La première fois en France, j’ai approché un des « grand gourous », célèbre pour sa verve et ses livres. Or, j’ai été très mal reçu au téléphone par son assistante personnelle. J’ai renoncé en marmonnant que cet accueil me paraissait vraiment incohérent avec l’image médiatique du manitou.

Une autre fois au Québec, j’ai démarré une formation de 12 jours. Rapidement, j’ai quitté la formation, déçu. Après 3 jours, je ne connaissais toujours pas les 15 participants, en revanche, on avait déroulé pas mal d’outils. Si j’animais moi-même une formation de coaching, la top priorité serait de créer les conditions de rencontre, au coeur, de tous les participants. Quand j’ai quitté la formation, non seulement je n’ai pas été vraiment « débriefé », mais je n’ai pas été remboursé. Cela a confirmé que la formation de coaching est un bon business, où le fondamental « satisfait ou remboursé » n’est pas toujours de mise comme c’est le cas dans d’autres secteurs censés être moins nobles.

 

Leçon apprise sur le terrain numéro 2 :

La certification par la formation est-elle une condition sine qua non pour devenir un bon coach ?

 

Suis-je un bon coach ? Les clients qui ont été inspirés par le travail diront oui, ceux à qui mon style ne convient pas ne m’ont pas sélectionné. Tous les coachs ne sont pas excellents avec tous les clients. Inversons le propos : certains coachs ont un style, une expérience, des outils, qui sont plus appropriés pour certains candidats.

La différence entre le bon coach et le mauvais coach ressemble à celle entre le bon chasseur et le mauvais chasseur (revoir le sketch tordant des inconnus à ce sujet). Etre « un bon coach » n’est pas un état : c’est une alchimie à faire fonctionner entre un client et un accompagnant. C’est pour cela que je suis convaincu qu’un bon coach est une personne incarnée, qui traverse la forêt de ses propres dragons et comprend donc certains enjeux personnels et systémiques auxquels sont confrontés ses clients.

S’agit-il, dans ce métier, d’appliquer des méthodes de PNL, d’analyse systémique, d’énéagramme ou que sais-je ? Oui et non. Les méthodes sont des aides et des pièges. Le client qui ressent qu’on est en train d’appliquer un schéma qui le cantonne dans une boite à réponses risque fort de considérer que cela ne répond pas à l’étendue de sa complexité.

Alors connaitre des outils (j’écris « des » car il en existe un nombre incalculable, même si certains tiennent le haut du pavé, laissant croire qu’ils sont l’alpha et l’omega), c’est bien et utile. Imaginer que le coaching se joue avec la rigueur d’un processus industriel est, de mon point de vue, une erreur. Le coach fait face à de nombreuses injonctions pour qu’il existe le moins possible : selon une pensée largement répandue, il a interdiction de conseil, interdiction de parler de lui, interdiction d’exercer sans un superviseur.

Pourtant c’est un être humain qui a compris des choses sur le terrain, même s’il a parfois du mal à toutes les appliquer. D’ailleurs, un bon coach sportif n’est pas forcément le plus performant dans son sport (voir l’article sur Claude Onesta).

 

Leçon apprise sur le terrain numéro 3 :

Un bon coach est un être incarné !

 

J’ai fréquenté des centaines de coachs. Certains, bardés de certifications, sont excellents. D’autres, bardés de certifications, ne le sont pas. Certains, non certifiés, sont excellents. D’autres, non certifiés, ne le sont pas.

Alors quoi ? Comment choisir un bon coach si le tampon certifiant n’est pas une garantie fiable ?

Prolongeons cette question en demandant quelles sont les certifications des chefs d’entreprise ? Quelle école d’ingénieur ou de commerce forme les meilleurs patrons ? Entendez-vous la révolte de tous les courageux entrepreneurs qui n’ont fait ni école d’ingénieur, ni école de commerce, et qui sont devenus, autodidactes parfois, d’excellents leaders.

Dans un exercice auquel j’ai participé avec des coachs (où l’on nous enseignait une méthode), un femme de grande expérience (elle avait dirigé des équipes composées de milliers de personnes dans l’industrie) avait pour mission d’appliquer un processus de coaching avec moi. Au bout de quelques minutes, elle jeta l’éponge, en disant qu’elle n’arrivait pas à appliquer la méthode, car je l’emmenais dans des endroits où elle se sentait perdue.

Etrange paradoxe : la méthode ne marchait pas pour une apprentie coach qui avait une remarquable expérience de leader, un CV impressionnant. En effet, la première qualité d’un bon coach, tout en haut de la pyramide de ses talents, est d’apprendre à écouter. Dans la boite à outils de l’artisan, il y a 9 marteaux différents. Mais au moment de fixer l’étagère, a-t-il besoin d’un des 9 marteaux ou d’un tournevis ? Tout dépend !

A vrai dire, le mot « écoute » est tellement galvaudé qu’il est souvent mal compris. Ecouter ne consiste pas à attendre son tour pour parler. Ecouter est une posture d’absorption totale des mots (alias « maux ») de la personne qui s’exprime. En situation de coaching, j’écris beaucoup car cela me permet de rester concentré sur les mots. Parfois, quand mon client parle vite, je griffonne un verbe, un adjectif ou un nom qu’il n’a pas utilisé. Je me surprends alors à penser qu’il ne m’a pas précisément dit ça. « Je me surprends à penser »… c’est bien cela la vigilance dans l’écoute : tenter d’éliminer les pensées pour être totalement présent à ce que dit (et ce que ne dit pas) le client. Cet ingrédient de relation – la présence – l’autre le comprend sans le conscientiser. 

 

Leçon apprise sur le terrain numéro 4 :

Un bon coach sait vraiment écouter !

 

Un jour, un de mes frères me jette à la figure « tu ne m’écoutes pas ». Passé le moment de vexation, je me suis rendu compte que ses mots n’avaient pas d’importance. Il avait seulement besoin de parler à quelqu’un de confiance, et n’attendait rien en retour.

Cela m’amène à la catégorisation des métiers. Il est de bon ton de mettre des étiquettes, de spécialiser, de plus en plus de professionnels aiment se présenter comme des experts. J’ai horreur de ce mot « d’expert » car il a tendance à fermer le débat en positionnant quelqu’un sur un piédestal, alors que (sans doute avez-vous fait la même expérience) j’ai rencontré des experts auto-proclamés ou certifiés par leur corps d’état, y compris des experts-comptables, qui se trompent lourdement.

Un jour, je rencontre une dermatologue qui m’ausculte sans me regarder ni m’interroger sur autre chose que mon épiderme et qui termine la séance avec la remise d’une liste de médicaments à acheter (qui n’ont pas bien marché d’ailleurs). Il me semble qu’elle avait juste oublié que j’étais un système complexe avec de multiples interactions, que j’étais un acteur de la guérison, que son absence de considération ou sa suffisance étaient contre-productives pour me soigner.

Alors, découper l’accompagnement en « spécialités », en « expertises », avec des interdits, des frontières, me parait artificiel. L’un sera « coach » (il pose des questions et ne donne pas de conseils), l’autre sera « mentor » (il donne des conseils car il a une grande expérience), le troisième sera « psy » (il tente de résoudre les problèmes du présent en cherchant les causes dans le passé).

Mes confrères et consoeurs coachs me démentiront-ils ? Vous arrive-t-il que dans des sessions de coaching, le client parle de son passé, pleure, demande un avis, parle 30 minutes sans s’arrêter, etc. ? Le rôle n’est-il pas d’accompagner ce qui vient, de proposer une respiration ou une méditation si c’est ce qui parait nécessaire, de donner un conseil si c’est une solution efficace (après tout le client paie pour avoir des résultats), de continuer de questionner à l’infini car c’est ce qui parait juste, de recommander un exercice qui semble approprié, de proposer de consulter un autre praticien parce que le coach n’a pas de propositions adéquates à ce moment-là.

 

Leçon apprise sur le terrain numéro 5 :

Un bon coach s’occupe de son client, globalement !

 

Bien sur, il existe le danger de la « toute-puissance ».

Avoir appris des méthodes, lu des livres, assisté à des conférences, traversé des épreuves, compris certains enchevêtrements de l’âme humaine, risque de faire croire au « coach qui réussit » qu’il va forcément savoir résoudre.

Ce danger réel se transforme en arrogance quand le coach range son humilité aux oubliettes et transforme ses visions en certitudes à vocation universelle. « Du caractère, de l’intelligence, de la culture », voilà des ingrédients que j’ai observés chez les coachs que j’ai choisis.

A l’inverse, un autre danger est celui de monter dans les nuages, perdre le lien avec le réel en prônant des concepts aériens, où l’amour papillonne avec la méditation, où la bonté flirte avec la joie, où les résultats ne sont que la conséquence d’un état d’esprit positif. Même si tous ces jolis mots sont sources de richesses intérieures à développer, ils percutent des réalités qui parfois sont injustes, sévères, douloureuses. L’action vigoureuse voire radicale fait partie de la palette des solutions aux défis que nous lance la vie.

 

Leçon apprise sur le terrain numéro 6 :

Un bon coach n’est ni fade ni gourou !

 

Les humains ont très tôt appris à s’entr’aider. C’est l’une des belles caractéristiques de notre espèce animale. Bien des outils d’aide nous viennent de la nuit des temps, des questions de Socrate à l’échange improbable avec un passant qui repart vers l’inconnu.

Le coach est rémunéré car il passe du temps (1) à résoudre sa propre équation intérieure à 47 inconnues et (2) à proposer un accompagnement, un compagnonnage quelque temps sur le chemin. 

A la question « c’est quoi un bon coach », aucune réponse triviale ni académique. La question de l’alignement entre cet être humain en posture d’aide et les valeurs d’honnêteté, d’humilité, d’authenticité parait essentielle.

Lors d’un interview, Jean-Marc Jancovici répondait à la question : « qu’est qui fait votre légitimité pour… ». J’avais bien aimé sa réponse. Ce polytechnicien n’avait parlé ni de diplôme, ni d’expérience, ni de titres ronflants, mais avait simplement dit : « la reconnaissance de mes pairs »…

 

Leçon apprise sur le terrain numéro 7 :

Un bon coach est reconnu comme tel par ses pairs !

 

Un de mes clients, coach lui-même de grand talent, m’a confié à peu près ceci : « je t’ai choisi comme coach parce que tu m’as parlé de tes fragilités, cela m’a rassuré sur le fait que je pourrai donc me livrer en toute transparence ».

Le débat sur le bon coach est ouvert…

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Bonjour, bienvenue sur mon blog

Je m’appelle Laurent de Rauglaudre (je sais, mon nom est imprononçable). Sur ce blog, j’écris des articles sur le leadership, le métier de consultant libre et de coach.

Je batifole à partir de mes expériences, mes lectures, mes succès et mes fausses pistes. Je suis motivé par le leadership responsable.

J’espère que vous trouverez matière à inspiration.

Bonne lecture,

Laurent

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