Pourquoi la démission de Nicolas Hulot est un acte de leadership responsable

par | Débats, Entrepreneur, Film, Leadership | 0 commentaires

Leadership responsable, de quoi s’agit-il ? Quelle est la définition du leadership ? Que détiennent de singulier ceux qu’on appelle les leaders ? Pourquoi le leadership éclairé ou conscient est-il nécessaire dans les entreprises comme en politique ? Que penser de la démission de Nicolas Hulot de son poste de ministre ?

Nicolas Hulot

Je commente rarement l’actualité. Je commente encore plus rarement l’action politique, qui me parait le domaine des grands écarts entre les convictions et les complexités des influences et contre-pouvoirs multiples.

Quand Nicolas Hulot a annoncé sa démission sur France Inter, j’écoutais l’émission matinale.

Je pense que cet acte fort donne de la consistance au “concept” de leadership responsable.

Nicolas Hulot est-il « homme parfait » ? Là n’est pas la question : tous, nous avançons éclairés, et sommes suivis de notre zone d’ombre. Je sais aussi qu’il est courant, dans la médisance populaire, de chercher des poux aux êtres de convictions, de les assassiner au sens propre (Martin Luther King, Gandhi et quelques autres), comme au sens figuré. On peut avoir des convictions sur beaucoup de sujets, plus ou moins étayées par les preuves scientifiques et/ou par l’expérience. Si ces convictions servent l’humanité, la médisance peut aller se promener ailleurs…

Ce qu’il faut engager pour préserver l’avenir de l’humanité  (et non pas l’avenir de la planète qui se moque bien des bipèdes prétentieux qui croient la dominer) n’est pas dans le registre des convictions molles. Ce qu’il faut engager est bien au delà des « petits pas ». Le défi qui se présente dépasse tout ce que l’humain a affronté jusqu’à présent. Même si la communication est maintenant abondante sur le sujet, cela touche-t-il profondément nos modes de vie, nos décisions, nos priorités ? Pas si sur. Ne continuons-nous pas à nous comporter avec le bon vieux « business as usual » ?

Or le changement de paradigme dans nos vies devient une urgente nécessité.

J’avais entendu sur les ondes Nicolas Hulot dire qu’il n’était pas «prêt » pour les présidentielles par manque de temps, manque de moyens. J’avais commenté dans l’un de ses espaces médias en demandant : Gandhi avait-il les moyens ? Mandela avait-il le temps ? Je comprends que l’engagement en politique est beaucoup plus rude que beaucoup ne l’imaginent. Les coups bas pleuvent. Je sais que l’attraction du pouvoir et de l’argent transforment certains agneaux en loups, ou permet aux cyniques ambitieux de s’emparer de la raison d’état à leur profit.

C’est un système et des siècles de relation au pouvoir et à « l’économie » qu’il s’agit de transformer.

C’est une éducation au « mieux et moins » qu’il s’agit de ré injecter dans des proportions sans équivalent dans l’histoire. Comment peut-on encore jeter un mégot par terre ? Comment peut-on nier que nous sommes assez nombreux pour détruire notre jardin et agir comme si nous avions le temps ? Comment peut-on continuer de développer du super luxe, alors que le confort est bien suffisant et que des milliards d’êtres humains n’ont pas le strict nécessaire ? Comment peut-on oublier que moi qui écris ces lignes, vous qui les lisez, nous serons bientôt mort – le mot « bientôt » est à lire dans son rapport aux milliards d’années qui nous ont précédé depuis que la Terre, minuscule point de l’univers, a commencé son histoire dans la galaxie. Nos enfants, nos petits-enfants récolteront 2 siècles de développement vers le « toujours plus » (plus de choses à accumuler sur nos étagères, et qui finissent au mieux dans un tri sélectif, au pire dans le ventre d’une baleine, et certainement dans un dérèglement psychologique profond pour beaucoup).

En ce sens, l’acte de démission de Nicolas Hulot entre dans le registre du leadership responsable.

Je sais qu’il faut tenter, au plus profond de ses ressources, de faire bouger les choses. Les faire bouger de l’intérieur d’un système (dans un gouvernement, dans une équipe de direction d’entreprise) présente l’intérêt du pouvoir au sens littéral du terme. “Pouvoir” conjugué à la première personne de l’indicatif : « je peux ». Le pouvoir des « petits pas » est l’un des grands «enseignements » que je professe. Je suis convaincu que l’humain se bâtit par l’accumulation d’une infinité de petits progrès, accomplissements, réussites produites par la compréhension de ses échecs, se relever et retenter. Pourtant, il est des moments où la politique des petits pas est insuffisante :

  • l’armée ennemie vient de franchir vos frontières !
  • la famine ravage vos campagnes !
  • l’incendie décime la forêt !

Dans nos vies aussi, les petits pas ne suffisent parfois pas :

  • le camion fonce vers moi !
  • l’appendice entre dans une inflammation douloureuse !
  • mon petit garçon est en train de boire la tasse dans la piscine !

Plus question de tergiverser dans ces situations,
c’est par réflexe de survie que chacun va réagir, avec vigueur et nécessité.

Le dérèglement climatique, la pollution, la consommation excessive des ressources naturelles conduisent à notre perte. Sauf si nous prenons des mesures globales et individuelles (en faisant les colibris). Dans l’exercice politique et du pouvoir, la complexité des enjeux, des priorités à arbitrer, subtilement mêlée à l’ivresse de son propre destin (comment échapper à la flatterie de son ego) éloignent souvent le plus pur des « engagés » vers un assoupissement, un compromis, le rattachement au confort de se dire : « je fais de mon mieux ».

Démissionner en partant du coeur de sa conviction, du grand écart devenu douloureux entre la nécessité d’agir et l’impossibilité de le faire au juste rythme, quitte à sévèrement bousculer, devient un acte de leadership responsable. Le faire sans avoir prévenu, ni son entourage ni ses collègues, ne démontre-t-il pas que Nicolas Hulot s’est appuyé sur son sens profond de la cohérence entre qui il est et ce qu’il vit ? Le leader responsable, dans ma vision, ne fait pas de compromis là-dessus. Il met au dessus des honneurs, de l’argent, de la reconnaissance, de ses intérêts propres et court-terme (par nature puisque nous ne sommes plus là pour longtemps, je le rappelle :-)), ce que sa conviction lui ordonne de faire.

Dans l’extraordinaire film « Gandhi “,  en pleine crise, le gouvernement se tourne vers le Mahatma et lui demande un sage éclairage. Celui-ci, de sa voix fluette, répond qu’il ne sait pas quoi dire. Il se lève alors et quitte doucement la pièce. On lui demande : « où vas-tu ? » Il répond : « je vais à Calcutta ». Il s’y rend (à pied je crois) pour y faire une nouvelle grève de la faim. Leadership responsable qui passe par la puissance de la fragilité assumée et partagée…

Vivement que tous les leaders qui croient sauver la planète par leurs gros muscles s’effacent devant les responsables qui s’occupent des vrais priorités des générations futures…

NB : amusez-vous à faire cette recherche sur ce logiciel de recherche de mots clés :

  • vous tapez les mots “leadership” ou “leader” => la moyenne de recherche sur ces mots dépasse les 300 000 par mois
  • vous tapez l’association “leader responsable” ou “leadership responsable” => la moyenne de recherche de cette association de mots atteint glorieusement par mois 10 pour l’un, 20 pour l’autre

Un signe ???

Ces sujets peuvent également vous intéresser

Ecologie et business sont-ils compatibles ?

Ecologie et business sont-ils compatibles ?

L’écologie, ce n’est pas bon pour le business ! Récemment, un collègue me fait remarquer que mes publications « écologiques » sont de plus en plus nombreuses. Il ajoute que l’écologie est marquée à gauche et que par conséquent, ce n’est pas bon pour le business....

Que faire d’une injure sur un réseau social ?

Que faire d’une injure sur un réseau social ?

L'injure sur un réseau social, vous venez de vous en prendre une en pleine poire. Que faut-il faire ? Quelle différence entre injure et colère, comment discerner la différence ? Pourquoi une injure appartient-elle à celui qui l'a émise ? Est-ce répréhensible devant la...

Compliqué ou complexe ?

Compliqué ou complexe ?

Compliqué ou complexe, quelle est la différence ? Comment distinguer ces notions et échapper à la confusion courante dans le langage de tous les jours.   Plutôt que de tenter les grandes démonstrations, j'aime faire vivre les concepts. Dans cette conférence sur...

Si on vous propose la fortune, courage, fuyez !

Si on vous propose la fortune, courage, fuyez !

Oui courage, fuyez, car il faut du courage quand une sirène déploie langoureusement les charmes de la fortune. Toutes les techniques de communication pour aguicher fonctionnent avec merveille… « Inscrivez-vous à ma formation : je vais vous apprendre une technique...

La posture du coach, est-ce une ânerie de plus ?

La posture du coach, est-ce une ânerie de plus ?

Je ne compte plus les échanges avec mes clients coachs sur le sujet de la posture du coach. En effet, le beau monde parle maintenant : De coaching De mentoring De consulting De formation De thérapeute De métiers de psys en tout genre Et patati et patata Tout cela est...

La performance est-elle le critère majeur ?

La performance est-elle le critère majeur ?

Ca me trotte dans la tête depuis quelque temps : la performance est-elle LE critère majeur de mesure ? Immédiatement, ma réflexion se trouve éteinte par ce concept tabou, cette idée admise : la performance est le mot qui réconcilie tout le monde quand il s'agit de...

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Prochains Évènements

Publication

 

groupe mastermind

Co-auteur du livre “Les groupes Mastermind, accélérateurs de réussite”, premier ouvrage publié en français sur le sujet. Co-écrit en intelligence collective. Egalement disponible en anglais et en espagnol.

Encourager les publications

Si mes publications vous inspirent, vous pouvez m’encourager à continuer. Cliquez sur l’image.

Merci merci.

Soutenir les publications

Hé hé, c’est quoi un consultant libre ?

Un consultant libre, c’est :

  • – un entrepreneur
  • – un créateur de valeur
  • – de l’expérience de terrain à partager

Je t’invite à :

Bonne découverte…

Laurent de Rauglaudre

Anecdote vécue comme consultant

Après lui avoir présenté mon offre, le Directeur Général me dit : “vous êtes plus cher que votre concurrent qui a une belle expérience dans une grande entreprise américaine. Cependant, le courant passe bien entre nous, et je préfère votre proposition”. Il signe alors l’offre à 10 000€, et ajoute : “si nous devons continuer à travailler ensemble, je négocierai vos prix”.

Je réponds “bien sur”… Je réalise la prestation avec son équipe de direction : un diagnostic, suivi d’un séminaire de 2 jours en intelligence collective, une synthèse de recommandations.

A l’issue de la mission, le Directeur Général me demande une nouvelle offre. Moins d’une semaine plus tard, je lui propose une mission à 30 000€. Il signe et me dit : “je ne négocie pas le prix car je connais la qualité de la prestation que j’achète”.

Dans cette anecdote se trouvent dissimulés les “secrets” de la vente de valeur. Je vends de la valeur, je ne vends pas du temps. Pour en savoir plus, voici 5 vidéos gratuites à écouter : comment bien vendre du conseil aux entreprises…

Anecdotes vécues en entreprise

N°1 : je rentre dans le bureau de mon chef. Depuis 3 semaines, je travaille un plan marketing avec mon équipe. Je vais lui présenter les résultats de ce travail d’une dizaine de collaborateurs de qualité. Lui, top manager, diplôme le plus ronflant qu’on puisse trouver dans notre douce France, m’écoute moins de 5 minutes. Tout d’un coup, il se lève, tout sourire, se dirige vers le tableau blanc accroché au mur : « OK Laurent, ce n’est pas du tout comme cela qu’il faut s’y prendre ».

Suit une magnifique démonstration, brillante. J’ai le moral à zéro, je sors de son bureau en pensant: « on est une équipe nulle. En 5 minutes, il a démonté tout notre travail »…

N°2 : je rentre dans le bureau de mon chef. Depuis des mois, je me débats sur un projet complexe, qui implique tous les départements de l’entreprise. Je viens comme chaque quinzaine, une heure dans son bureau pour lui présenter mes « petits soucis ». Il est américain,  directeur financier, l’entreprise pèse 1 milliard d’€ de chiffre d’affaires. Avant, il était contrôleur financier mondial d’Intel – vous savez la petite boite américaine qui met des puces électroniques partout. A chacun de nos tête-à-tête, il m’écoute lui raconter mes petits malheurs. Puis il me pose des questions, ouvertes la plupart du temps (en anglais): « que penses-tu que … », « pourquoi crois-tu que … », « quelles sont les pistes que tu imagines… ». Après chaque entretien, je ressors de son bureau gonflé à bloc.

Que pensez-vous de ces 2 anecdotes ?

Aller plus loin en téléchargeant l’ebook “7 clés pour devenir un leader inspirant”

Chaine youtube