La posture du coach, est-ce une ânerie de plus ?

par | Coaching, Consultant, Débats, Leadership

Je ne compte plus les échanges avec mes clients coachs sur le sujet de la posture du coach.

En effet, le beau monde parle maintenant :

  • De coaching
  • De mentoring
  • De consulting
  • De formation
  • De thérapeute
  • De métiers de psys en tout genre
  • Et patati et patata

Tout cela est très intéressant et me rappelle une séance de dermato. 

La professionnelle a regardé ma peau sous toutes ses coutures. J’étais tout nu devant elle, vous rendez-vous compte ! Pas une fois, elle ne m’a regardé dans les yeux. Elle passait de ma peau à son écran d’ordinateur, de son écran à son ordonnance, de son ordonnance à m’éconduire de son office. 

J’étais l’objet de son analyse, je n’étais pas un sujet.

Pourquoi est-ce que j’évoque cet épisode-là à propos de posture du coach ?

La médecine « traditionnelle » en Europe a découpé l’humain en morceau :

  • « Moi je m’occupe de la peau », dit l’une
  • « Moi, je m’occupe du coeur », dit le second
  • « Moi, c’est yeux », dit le troisième
  • « Moi, je suis l’expert du système nerveux », ajoute le suivant
  • Etc…

Chacun se targue d’une expertise, soulève le menton en faisant le Sachant, oubliant que le sujet est acteur de la résolution du système, acteur principal même. 

Quand un.e coach me dit, en gros : « je ne sais pas si c’est déontologiquement dans la posture du coach de répondre, de donner un conseil, de prendre telle posture, de m’occuper de blablabla », et qu’il.elle évoque un traumatisme (psychologique) de son client, une spécialité (technique) de métier, un conseil (tactique) à donner, je réponds invariablement :

1 – Ton rôle est d’aider ton client !

2 – Peu importe la posture du coach, l’essentiel est que tu trouves l’outil adapté dans ton expérience, dans ce que tu as appris en formation, dans tes lectures, dans ton intuition du moment, pour apporter une réponse juste, à ce qui se présente là. L’important est que tu te fasses confiance pour donner ce dont ton client a besoin, y compris par des détours improbables. Toi seul.e détient le trésor unique pour ton client. Ce trésor n’est écrit dans aucune charte. Si ton intention est noble, que tu as l’expérience et l’outillage, pose toi d’abord la question de ton intention et de ta posture inconditionnelle d’aide.

3 – Si tu estimes que la situation du client dépasse tes compétences, alors recommande lui d’aller voir quelqu’un d’autre sur ce sujet-là précis.

L’un de mes clients m’a par exemple raconté qu’il n’avait aucun souvenir de sa vie avant ses 14 ans. Je ne savais pas quoi faire de cela. Je n’ai pas d’outil pour ça. En revanche, n’avoir aucun souvenir avant 14 ans me fait soupçonner un traumatisme, suivi d’une extinction des feux du souvenir. Je peux me tromper. Je ne suis pas un expert. Je vois quand le défi est hors de mon champ de patates. Je lui ai recommandé quelques idées de personnes susceptibles de l’aider à l’exploration de sa mémoire d’enfant.

La posture du coach, probablement que les « écoles de coaching » insistent lourdement sur le sujet. N’y a-t-il pas confusion ?

 

La priorité du coach, c’est l’écoute

 

La priorité de la « posture du coach », c’est l’écoute, l’écoute véritable, authentique, présente, totale, autant que possible… sans faille. La priorité est de vider son espace intérieur pour être totalement là.

« Oui mais, comment utiliser tout ce que j’ai appris, tout ce qui se bouscule dans ma tête pendant la séance de coaching, pour faire ce qu’il faut faire ? »

Y a-t-il un absolu de « ce qu’il faut faire » ? Bien malin qui peut l’affirmer. De mon coté, j’en doute. Un.e coach d’expérience, qui a compris les enjeux de se détacher des risques de la projection, des risques de la super puissance ou de ceux de sombrer dans les circonvolutions échappatoires du client, peut-il.elle intervenir de manière spontanée ?

Pourquoi faudrait-il, en pleine séance de coaching, tenter de classer ce que je fais : « zut, je fais du mentoring là », « flute, je lui donne un conseil », « aaaaaaarrrggggghhh, je suis en train de me transformer en psy ». 

Pourquoi ne pas se rappeler à l’essentiel : l’essentiel est que j’ai un « sujet » devant moi, un humain qui a besoin de mon aide, sur le thème d’aujourd’hui. Quel est ce thème ? Quel est l’outil le plus approprié pour répondre à l’enjeu immédiat :

  • Une réflexion intellectuelle ?
  • L’accueil silencieux d’une émotion forte ?
  • Une courte séance de méditation dirigée ?
  • La simulation d’un entretien d’embauche ?
  • La présentation d’un outil de management de projet ?
  • Le travail non complaisant sur une croyance limitante ?
  • Un conseil tactique sur la prochaine négociation ?
  • Un dessin pour illustrer la vision de la prochaine année ?
  • Un acte symbolique ?
  • Une série de questions ouvertes pour aller plus loin, encore plus loin ?
  • And so on…

Les puristes me brûleront. Je n’entrerai pas dans une case, ni ne me mettrai dans la posture du coach conventionnel. Ma mission est d’aider mon client. D’ailleurs, je me présente à mon client comme un allié !

La posture du coach est-elle une ânerie ? 

 

Peut-être si elle enferme le coach dans un rôle limitant, dans une robotisation de ses questions, dans un mépris de ce dont le client a besoin, dans l’instant précis. Peut-être aussi une ânerie si elle fait perdre confiance au coach davantage centré sur le respect de ce qui lui ont enseigné ses “maitres”, plutôt que centré sur ce que lui souffle son génie du moment.

Le client est au centre de la préoccupation du coach. Les débats « d’experts » (autoproclamés pour certains) doivent rester dans les salons.

Réactions ?

Ces sujets peuvent également vous intéresser

Si on vous propose la fortune, courage, fuyez !

Si on vous propose la fortune, courage, fuyez !

Oui courage, fuyez, car il faut du courage quand une sirène déploie langoureusement les charmes de la fortune. Toutes les techniques de communication pour aguicher fonctionnent avec merveille… « Inscrivez-vous à ma formation : je vais vous apprendre une technique...

La performance est-elle le critère majeur ?

La performance est-elle le critère majeur ?

Ca me trotte dans la tête depuis quelque temps : la performance est-elle LE critère majeur de mesure ? Immédiatement, ma réflexion se trouve éteinte par ce concept tabou, cette idée admise : la performance est le mot qui réconcilie tout le monde quand il s'agit de...

Erreur ? Posez vous 6 questions…

Erreur ? Posez vous 6 questions…

Erreur ! Comment apprendre sans se tromper ? L'échec est un apprentissage... Aucun être humain ne se développe dans la vie sans commettre de nombreuses erreurs. Comment s'approprier, dans nos modes de management, le droit à l'erreur ? Ecoutez cet article en podcast :...

3 discours en entreprise qui font flop…

3 discours en entreprise qui font flop…

Les discours en entreprise sont des exercices périlleux. Comment mobiliser les troupes (ah zut, je vais parler de cela ci-dessous), comment stimuler la performance individuelle (ah, j'y reviens aussi), comme protéger la nichée (oups, un autre sujet sensible)... Dans...

Pourquoi faire de la prévention…

Pourquoi faire de la prévention…

C'est une ritournelle connue : pourquoi faire de la prévention ? Comment éduquer à cette étrange idée qui consiste à investir de l'argent alors qu'il n'y a pas de problème (visible), juste un risque ?   Je rentre chez mon ostéopathe. Elle me demande : "pourquoi...

L’argent est-il le moteur essentiel de la motivation ?

L’argent est-il le moteur essentiel de la motivation ?

L'argent et la motivation ? Quel est le lien ? Quel rôle joue l'argent dans la motivation ? En préparant une intervention sur la motivation, je fais un détour sur cet article. Je vous encourage à le lire et à consulter cette vidéo qui présente l'avantage de pouvoir...

Au fait, c’est quoi la réussite ?

Au fait, c’est quoi la réussite ?

Réussite, réussir : ces mots traversent nos vies comme une quête du graal. La réussite, est-ce avoir un emploi, plein d'argent, aller de succès en succès ? Pas si sur... Ecouter l'article en podcast : Après la parution de mon article "ceux qui réussissent travaillent...

Claude Onesta nous parle d’intelligence collective…

Claude Onesta nous parle d’intelligence collective…

« Les philosophes ont été remplacés par les économistes » Claude Onesta, Avignon, 30 juin 2015. J’assiste à une conférence baptisée : « Performance durable : comment devenir numéro 1 et le rester" ? L’intervenant : Claude Onesta, célébrissime entraineur de l’équipe de...

Je m’interroge, pourquoi ?

Je m’interroge, pourquoi ?

Je m'interroge, pourquoi ? Pourquoi je m'interroge ? Comme me dit une copine coach, on est 12 là-haut ! Chacun son tour prend la parole pour m'interpeller... Cette nuit, pendant l'insomnie, j'ai vu un promeneur déambuler dans la rue. Il semblait fatigué. Je me suis...

2 Commentaires

  1. Suzanne Bernard

    Il se passe tellement de choses pendant un coaching. On peut utiliser tous les outils et idées qui nous viennent. Je me garde un grand critère: faire attention de ne pas trop parler. Ne pas enseigner et rester vraiment à l’écoute de l’autre.

    Réponse
    • Laurent de Rauglaudre

      Tu as 1000 fois raisons Suzanne.

      “Utiliser tous les outils et idées qui nous viennent”, c’est exactement ça : le.la coach est incarné.e. Ce n’est pas une machine à dérouler des méthodes préfabriquées.

      Rester vraiment à l’écoute… et pourquoi pas, quelquefois, quand c’est la demande, enseigner aussi…

      Réponse

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Bonjour, bienvenue sur mon blog

Je m’appelle Laurent de Rauglaudre (je sais, mon nom est imprononçable). Sur ce blog, j’écris des articles sur le leadership, le métier de consultant libre et de coach.

Je batifole à partir de mes expériences, mes lectures, mes succès et mes fausses pistes. Je suis motivé par le leadership responsable.

J’espère que vous trouverez matière à inspiration.

Bonne lecture,

Laurent

Prochains évènements