La solidarité ou la mort : 5 priorités pour les leaders qui veulent profiter de la sortie de crise pour changer le monde

by | Accords Toltèques, Chronique de la crise du coronavirus vue de Zagora, Coup de gueule, Entrepreneur, Leadership, Podcasts | 0 comments

Hier, le moral dans les chaussettes, agressé violemment par ma Victime Intérieure (pour comprendre ce que symboliquement représente la victime intérieure, voir la série sur les accords Toltèques), je marche quelques centaines de mètres dans la palmeraie de Zagora. J’attrape quelques feuilles de papier, noircies de ma colère (principalement contre moi-même), rallonge la liste, assis dans des herbes peu amicales qui me piquent les fesses. Puis je sors les allumettes de ma poche. J’envoie tout ça vers la planète Uranus. Les actes symboliques sont peut-être inutiles -qui sait- mais ils ont l’avantage de ne faire de mal à personne… Peut-être que les 5 priorités pour les leaders qui veulent profiter de la sortie de crise pour changer le monde, est, ce matin, une réponse de la lointaine planète Uranus…

Chronique de la crise du coronavirus, vue de Zagora

 

La petite Kasbah de ZagoraL’autre jour, je fais les comptes avec Brahim qui me reçoit dans cette Petite Kasbah (hotel Zagora) vide de clients depuis des semaines. Une pension complète à 20€ par jour, c’est Youssef qui a négocié pour moi. Alors que mars et avril sont les mois de saison haute, tous les revenus du tourisme se sont envolés. Je finis le calcul de ma dette sur une page de mon cahier, demande à Brahim de me le confirmer. Il prend le cahier, mon stylo, raye le résultat de la multiplication, arrondit le chiffre au millier de dirhams inférieur ! Je n’avais rien demandé…

 

Depuis des semaines, j’échange par courriel avec le gros machin qui me loue un appartement à Montréal. Le gros machin, c’est un organisme dont j’ai vainement cherché les actionnaires sur internet. J’ai demandé un geste sur mon loyer, car les temps sont très durs. Est-il possible, au moins, de ne pas appliquer l’augmentation de loyer prévue en juin, par solidarité ? Les réponses successives tombent, cordiales mais sans âme. Le dernier courriel stipule “les arrangements qui ont été pris avant la crise actuelle ne peuvent être modifiés” ! J’ai renvoyé un ultime courriel pour signaler que mon interlocutrice mélange le verbe “pouvoir” avec le verbe “vouloir”. J’ai conclu la discussion en disant qu’elle a juridiquement raison.

 

L'intelligence a-t-elle besoin de courage ?

L’intelligence a-t-elle besoin de courage ?

 

Hier, j’ai tendu un piège au petit épicier d’en face. J’ai juste mis 6 bouteilles d’eau sur son comptoir, rien d’autre. Habituellement, je rajoute une tablette de chocolat, du papier toilette, un savon, un ou deux fruits, des cacahouètes. Il fait alors un drôle de calcul et me sort un prix aléatoire (aucune étiquette sur les produits bien sur). Depuis le premier jour, je sors avec le sentiment de m’être fait avoir. Je me console en me disant que mes moyens me le permettent, qu’ici tout le monde manque d’argent. Hier, pour mes 6 bouteilles, l’épicier me demande 60 dirhams (environ 6€). Au moment où je m’étonne du prix, pour la première fois depuis des semaines, Yacine (qui me fait les repas tous les jours) entre dans l’échoppe. Je sens la confusion de l’épicier qui se ravise et me dit finalement “36 dirhams”. C’est la dernière fois qu’il verra mon visage ridé. L’autre épicier, à 100 mètres plus loin, moins achalandé, chez qui je suis allé une fois, m’avait fait un prix très différent. Culture ou pas, quelle attitude ai-je envie de privilégier ?

 

La solidarité ou la mort

 

Hier je regarde un débat indécent à la télévision française. La question est “faut-il travailler plus”. Certains parlent encore du retard à rattraper que j’ai évoqué dans cet article top 3 du bêtisier. Alors que des millions de personnes vont grossir les chiffres du chômage, comment penser qu’il ne s’agit que de statistiques, comment ose-t-on porter cette question au débat ? Totalement hors sujet ! N’est-ce pas l’heure de rajouter le verbe “partager” au vocabulaire économique ? Hier soir, je discute avec Brahim. Il me dit que certaines familles à Zagora commencent à manquer de quoi manger. Je lui demande ce qui se passe pour ces familles. “Les aides du gouvernement tardent à arriver, alors la famille, les voisins donnent ce qu’il peuvent, des légumes, des fruits”.

 

Régulièrement, Youssef passe me voir à l’improviste ou me téléphone. Nous passons 20 minutes à discuter et il repart. Il prend soin de moi. Il a toujours une phrase de sagesse qui rassure : l’instant présent, le lâcher-prise, exprimés dans des mots simples qui sonnent juste… Il m’apporte une pastèque, 2 melons. L’autre jour, Brahim me confiait : “depuis que nous cultivons des pastèques (qui n’étaient pas endémique dans la région de Zagora), la profondeur des puits a du passer de 8 mètres à 70 mètres. Nous asséchons la nappe phréatique”. Youssef me l’a confirmé en ajoutant que certains “riches” viennent cultiver la pastèque 3 ou 4 ans dans de grands espaces et repartent. L’eau, elle, est de plus en plus profonde à trouver.

 

SolidaritéEn rentrant de la marche coaching dans le désert, mes compagnons/compagnes de la semaine ont décidé de faire une collecte pour Youssef et sa famille, privé de tout revenu touristique à partir de mi-mars, saison haute. J’ai trouvé l’idée géniale et prolongé l’initiative. J’ai fermé le site de la collecte reste ouvert le 29 juin. 10 ou 20€ n’ont pas le même impact en occident que dans ces pays bien loin de notre profusion indécente.

 

La solidarité ou la mort

 

Hier, Clémence, une amie coach m’a aidé, gracieusement, à traverser une partie de ma colère. Un beau cadeau. Un cadeau du coeur. Hier, j’ai vu une jolie vidéo de fleurs. Le conteur en arrière avait un accent québécois. Il disait en substance : si nos bulletins de vote ne servent plus à grand chose, nous pouvons changer le monde avec nos billets de banque. Comment achetons nous ? Qui privilégions-nous en dépensant notre argent ? Qui enrichissons-nous ? Pouvons-nous changer le monde en encourageant l’économie locale, circulaire, les fruits et légumes de saison, et toutes les bonnes pratiques qui font florès sur les réseaux sociaux… Je m’imagine prendre maintenant 2 fois plus de temps pour faire mes courses : regarder chaque étiquette, éliminer du panier tout ce que j’achète et qui va contre mes convictions. Du temps certes, du temps bien investi.

 

Pour les entreprises, ces anecdotes de vie m’amènent à suggérer 5 priorités pour les leaders, réservées à ceux qui veulent changer le monde. Rien d’exhaustif, juste des pistes pour en inspirer d’autres…

 

5 priorités pour les leaders

 

1 – Faire la liste des collaborateurs qui ne font pas de bruit et qui, consciencieusement, apportent l’essentiel de la valeur à l’entreprise. Valoriser ces collaborateurs : dans les discours, dans les attentions, l’écoute et les regards, dans les salaires, les primes, les augmentations.

 

2 – Faire la liste de tous ceux qui se comportent mal dans toutes les parties prenantes de l’entreprise : salariés, fournisseurs, clients, actionnaires, partenaires. Qu’est-ce que veut dire “se comportent mal” ? Très simple : ils mentent, ils volent, ils abusent, ils cachent. Fort de cette liste, un entretien avec chacun s’impose. En fonction de la gravité, cet entretien sert soit à avertir ou à virer.

 

La solidarité ou la mort

 

3 – Revoir les messages marketing et parler vrai. Si le marketing a la vocation de vanter les mérites des produits de l’entreprise, ou se trouve la limite entre les “mérites” et les “mensonges” ? C’est du devoir du leader responsable de se poser cette question. Il ne s’agit pas de naïveté. Parler vrai est possible. Réduire la dose de mensonges contribue à recréer la confiance qui s’évapore. 

 

4 – S’occuper de soi et de ses démons. Chaque leader chemine avec ses propres démons. S’il n’en a pas conscience, il est urgent qu’il fasse le travail d’identification (avec un coach par exemple). S’il en a conscience et n’agit pas, il devient complice. Or, c’est l’heure du courage, de la transformation des modèles. Les crises nous appellent, nous mettent au défi. Faut-il se jeter de nouveau dans l’action sans rien changer ? Le changement commence à quel endroit ?

 

5 – Retravailler la raison d’être, le pourquoi de l’entreprise. Je vais être sévère. C’est mon expérience de terrain, de vie. Le marketing et la communication se sont emparés des travaux de pourquoi et de raison d’être avec brio. Les affichages des sites web et les belles brochures se disputent les jolis mots, bien léchés. Quand on franchit le seuil des entreprises, la réalité est souvent bien différente (pas toujours). Connaissez-vous des exemples ? Cette crise du coronavirus donne une opportunité extraordinaire pour les entreprises de se demander à quoi elles servent, de plonger plus loin sous la surface, de repenser plus profondément l’utilité, la contribution à une plus grande équité.

 

La solidarité ou la mort

 

Si la leçon de la crise n’est pas entendue, si nous restons dans la ligne tracée, si les leaders ne prennent pas leurs responsabilités au sérieux, il y a toutes les raisons d’être très inquiet. Ces 5 priorités pour les leaders sont l’ouverture d’un grand chantier, personnel et d’équipe. Hier, avant de brûler mes papiers, j’ai relu quelques lignes écrites le 1er février 2020 avant le développement de la pandémie en occident (j’étais alors inconscient de ce qui se préparait). J’ai relu mon désarroi devant notre inconsistance face à tous les immenses défis. Je retournais ce désarroi contre moi, ma propre incapacité à faire bouger quoi que ce soit, y compris mes habitudes alimentaires, par paresse. Je ne sais pas si la planète Uranus a accueilli ou pas, les fumées du petit feu de la palmeraie de Zagora. Je ne sais pas si l’univers me renverra le courage de continuer mon travail dérisoire de stimuler la prise de conscience, la transformer en actions concrètes. Le combat entre la solidarité et la mort est loin d’être terminé…

Avez-vous envie d’apporter votre contribution dans les commentaires ? Que pensez-vous de ces 5 priorités pour les leaders ?

 

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Co-auteur du livre “Les groupes Mastermind, accélérateurs de réussite”, premier ouvrage publié en français sur le sujet. Co-écrit en intelligence collective. Egalement disponible en anglais et en espagnol.

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Anecdote vécue comme consultant

Après lui avoir présenté mon offre, le Directeur Général me dit : “vous êtes plus cher que votre concurrent qui a une belle expérience dans une grande entreprise américaine. Cependant, le courant passe bien entre nous, et je préfère votre proposition”. Il signe alors l’offre à 10 000€, et ajoute : “si nous devons continuer à travailler ensemble, je négocierai vos prix”.

Je réponds “bien sur”… Je réalise la prestation avec son équipe de direction : un diagnostic, suivi d’un séminaire de 2 jours en intelligence collective, une synthèse de recommandations.

A l’issue de la mission, le Directeur Général me demande une nouvelle offre. Moins d’une semaine plus tard, je lui propose une mission à 30 000€. Il signe et me dit : “je ne négocie pas le prix car je connais la qualité de la prestation que j’achète”.

Dans cette anecdote se trouvent dissimulés les “secrets” de la vente de valeur. Je vends de la valeur, je ne vends pas du temps. Pour en savoir plus, voici 5 vidéos gratuites à écouter : comment bien vendre du conseil aux entreprises…

Anecdotes vécues en entreprise

N°1 : je rentre dans le bureau de mon chef. Depuis 3 semaines, je travaille un plan marketing avec mon équipe. Je vais lui présenter les résultats de ce travail d’une dizaine de collaborateurs de qualité. Lui, top manager, diplôme le plus ronflant qu’on puisse trouver dans notre douce France, m’écoute moins de 5 minutes. Tout d’un coup, il se lève, tout sourire, se dirige vers le tableau blanc accroché au mur : « OK Laurent, ce n’est pas du tout comme cela qu’il faut s’y prendre ».

Suit une magnifique démonstration, brillante. J’ai le moral à zéro, je sors de son bureau en pensant: « on est une équipe nulle. En 5 minutes, il a démonté tout notre travail »…

N°2 : je rentre dans le bureau de mon chef. Depuis des mois, je me débats sur un projet complexe, qui implique tous les départements de l’entreprise. Je viens comme chaque quinzaine, une heure dans son bureau pour lui présenter mes « petits soucis ». Il est américain,  directeur financier, l’entreprise pèse 1 milliard d’€ de chiffre d’affaires. Avant, il était contrôleur financier mondial d’Intel – vous savez la petite boite américaine qui met des puces électroniques partout. A chacun de nos tête-à-tête, il m’écoute lui raconter mes petits malheurs. Puis il me pose des questions, ouvertes la plupart du temps (en anglais): « que penses-tu que … », « pourquoi crois-tu que … », « quelles sont les pistes que tu imagines… ». Après chaque entretien, je ressors de son bureau gonflé à bloc.

Que pensez-vous de ces 2 anecdotes ?

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