Préparer la sortie de crise

 

Depuis que j’ai conscience d’exister, j’entends dire “c’est la crise”. Sommes-nous dans une crise ? Y a-t-il une sortie de crise ? Comment communiquer ? Quels sont les 3 mots que je suggère de méditer pour préparer la sortie de crise, 3 mots pour la communication des leaders ?

Chronique de la crise du coronavirus vue de Zagora – 29 avril 2020

Je ne crois pas à la sortie de crise

Tout d’abord, au risque de choquer certains, je ne crois pas à la sortie de crise. Pourquoi ? Parce que la crise est une composante naturelle de la vie. Le cosmos est en crise depuis quelques milliards d’années. Il existe une illusion, bien humaine, à imaginer un équilibre stable. L’équilibre instable est plutôt la réalité, qui nous fait vivre comme des funambules sur un fil. N’est-ce pas simplement la vie ? Bien sur, certains moments sont plus difficiles que d’autres. Nous en venons à croire, quand ca va mieux, que cet état de grâce va perdurer. Grave erreur d’appréciation, doublée d’une amnésie de notre propre histoire. La crise va et vient. Si elle ne dure, elle reviendra. Si je ne crois pas à la sortie de crise, pourquoi le titre de cet article “préparer la sortie de crise” ?

 

Crise et opportunité dansent le tango

 

Il est maintenant connu et ultra répété que les mots crise et opportunité dansent ensemble d’un même tempo. Même s’il demeure difficile, dans la tempête, d’envisager la suite, les forces que l’on déploie, la créativité pour se sortir du tourment, les risques que l’on ose prendre, ouvrent les champs de nouveaux possibles. En ce sens, les efforts, le courage, les ruses nous donnent la possibilité de nous élever, de nous rapprocher du meilleur de nous-même. Un meilleur lui-même variable en fonction des moments. Cependant, tout le monde n’a pas les mêmes réserves de solidité. Ceux qui entrevoient les opportunités de la crise, se retrouvent avec des responsabilités plus importantes encore. Par l’exemple et la parole, ils peuvent redonner de l’espoir aux autres.

 

3 mots pour communiquer avec justesse

 

La communication, outil des Jedi, des leaders, devient aussi l’arme anonyme des désespérés. Je regardais un débat à l’assemblée nationale française, avec l’incrustation en direct des commentaires des auditeurs. Un vrai dégueulis d’insultes, d’agressions, d’appels au crime même, d’inconnus anonymes qui transforment leur angoisse en agression. J’ai fini par arrêter la retransmission du débat, un peu découragé de la nature humaine si prompte à accuser, chercher le coupable, faire des raccourcis simplistes face à la complexité. L’outil de la communication doit-il être particulièrement soigné par les temps qui courrent ? Il me semble que la réponse est dans la question…

 

S’il s’agissait de préparer la sortie de crise du coronavirus, et même si je ne crois pas à la sortie de crise, comme expliqué ci-dessus, je proposerais une réflexion en 3 mots clés de communication. 3 mots à méditer pour les leaders qui ont la responsabilité de prendre le micro plus souvent que les autres.

 

Impeccable

 

La parole impeccable : je fais référence au premier accord Toltèque bien sur. Un chef d’entreprise me faisait récemment remarquer qu’il a été touché par cette idée. On s’amuse à taquiner, à piquer, à jouer de plaisanteries douteuses, et cela fait des dégâts. Je crois avoir “gagné” la joute verbale en décochant une flèche bien affûtée. Pourtant quelle est la conséquence de cette flèche du coté de la réception ? Frustration ? Envie de revanche, de vengeance ? Découragement ? Se ré approprier le bon sens qui nous dit de “tourner 7 fois sa langue dans sa bouche” n’est-il pas une bonne idée à méditer, et surtout à appliquer ?

 

Incertitude

 

Le 2ème mot est souligné par de nombreux philosophes et penseurs. Dans cette crise du coronavirus, on retrouve ce mot ici et là dans la presse. Un article d’Edgar Morin par ici, une phrase de Frédéric Lenoir, un livre de Paolo Coelho, un article de mon frère Nicolas, une vidéo d’Aurélien Barrau, une émission d’Hubert Reeves, une formation de Robert Dilts. Nous sommes dans l’inconfort car nous nous berçons de certitudes. Or la certitude, c’est comme un mirage dans le désert. Elle s’évapore dès que l’on s’en rapproche. La parole du leader ne devrait-elle pas transmettre que l’incertitude est une donnée fondamentale, une donnée certaine (!), et qu’ensemble, nous allons courageusement nous y confronter. Nous allons travailler à, non pas la supprimer, mais à limiter les dégâts qu’elle peut provoquer : personne n’empêchera le prochain tsunami de détruire les côtes de je ne sais quel pays. En revanche, on peut se préparer à une fuite plus efficace, quand la vague se précipitera pour submerger le rivage.

 

Alignée

 

Une communication alignée, qu’est-ce que cela veut dire ? A chaque fois que quelqu’un ouvre son moulin à communication, les auditeurs perçoivent si ce qui est dit fait sens, fait cohérence avec son émetteur. Quand on “joue un rôle”, nos interlocuteurs le ressentent immédiatement. Quand on s’exprime en cohérence, nos interlocuteurs le ressentent aussi. J’ai le souvenir d’un ancien Directeur Général, dont la communication était toujours impeccable. Pourtant, mon ressenti est qu’il récitait une leçon de communication  bien apprise. Je ne percevais pas l’homme derrière la façade. Souvent, on apprend en entreprise (et en politique) que ce qui prévaut sur ses propre convictions, est le soutien du système. Faut-il vendre son âme au diable, ou faut-il renoncer à ce que souffle sa petite voix, son Petit Prince ? J’avais noté que la démission de Nicolas Hulot était en l’occurence un acte paradoxalement courageux. La parole alignée ne donne-t-elle pas sa chance au leader de partager son véritable pourquoi ?

 

Ces 3 mots “impeccable, incertitude, alignée” peuvent-ils vous inspirer pour toutes les initiatives de communication en cours, pour préparer la sortie de crise ? C’est mon souhait : que chaque leader y porte une attention particulière…

Cela vous amène-t-il un commentaire ?