Prendre l’initiative, sans perdre la face…

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Prendre l’initiative, quand la discorde est la règle, est une entreprise à risque, et pourtant c’est la voie de la réconciliation… Extrait de ma lecture (Stephen Covey la 8ème habitude – Faites vous entendre et agissez) :

 

“Avant de modifier son point de vue concernant Israël, Sadat était devenu un président extrêmement populaire, profondément dévoué à la cause arabe. Il se promenait en Egysadat-knesset3-300x239pte en faisant des discours politiques où il disait qu’il ne serrerait jamais la main d’un Israélien tant que les Israéliens occuperaient un pouce de sol arabe, criant “jamais, jamais, jamais”. Les foules immenses qui l’écoutaient répétaient “jamais, jamais, jamais”.

 

Nous avons invité la femme de Sadat, Madame Jehan Sadat, comme conférencière principale de notre symposium international. J’ai (Stephen Covey) eu le privilège de déjeuner avec elle. Je lui ai demandé comment se passait sa vie auprès de Anwar Sadat – notamment à l’époque de son initiative de paix audacieuse consistant à se rendre à la Knesset à Jérusalem, une démarche qui trouva son aboutissement dans l’accord de Camp David.

 

Elle me dit qu’elle avait du mal à croire qu’il avait changé d’avis, surtout après tout ce qu’il avait fait et dit. Voila en substance ce qu’elle m’a raconté.

Le confrontant directement dans leurs appartements du palais, elle lui demanda : “je comprends que tu penses aller en Israël, est-ce vrai ?”

– oui

– comment pourrais-tu faire une chose pareille, après tout ce que tu as dit ?

– j’avais tort, et c’est la chose qu’il convient de faire

– tu perdras le leadership et le support du monde arabe

– je suppose que cela pourrait arriver, mais je ne pense pas que ce sera le cas

– tu perdras la présidence de ton pays

– cela aussi pourrait arriver

– tu perdras la vie (et comme nous le savons, il la perdit par une balle d’un assassin)

Il répondit : “ma vie est fixée par le destin. Elle ne sera pas une minute plus longue ou plus courte que prévue”. Elle l’embrassa et lui dit qu’il était le personnage le plus grand qu’elle ait jamais connu.

Je lui demandai ensuite comment s’était passé son retour d’Israël. Ce jour là, il fallut 3 heures pour aller de l’aéroport au palais au lieu de trente minutes. Les routes et rues étaient remplies de centaines de milliers de personnes, acclamant Sadat et manifestant un accord enthousiaste avec son action – les mêmes gens qui une semaine plus tôt acclamaient une approche diamétralement opposée”.

 


 

Pourquoi évoquer cet épisode sur un site de management ?

Je vous raconte une anecdote personnelle, largement moins grandiose que l’histoire ci-dessus.

Manager en charge d’un grand projet, je me suis retrouvé en conflit avec un dirigeant de mon entreprise – à vrai dire, je ne me rappelle même plus pourquoi… Évoquant la situation auprès de mon propre boss, américain, celui ci me dit : “penses-tu avoir besoin de travailler avec ce dirigeant dans l’avenir ?” La réponse était évidente. “Alors fais ce que tu dois faire pour rétablir la communication, même si tu penses avoir raison sur le fond“.

 

Ce dirigeant, pour manifester son hostilité, refusait les rendez-vous que je tentais de prendre auprès de son assistante, ne répondait pas à mes appels téléphoniques, ne répondait pas à mes courriels. Face à ce dilemme, je décidai d’aller à son bureau de la direction générale, et de me planter devant l’entrée. J’attendis longtemps que les rendez-vous en cours se terminent, et entrai : “bonjour, j’ai besoin de te parler. J’ai certainement des torts sur la forme, j’aimerais échanger avec toi sur le fond”. En reconnaissant mes torts, en prenant l’initiative, je ne perdis pas la face, bien au contraire. Grâce à cette intrusion, nous rétablîmes (pour toujours) une nouvelle relation.

 

Il n’est pas question que chacun devienne Sadat ou Gandhi ou Martin Luther King ou Mandela, il est question de prendre l’initiative, à son niveau, sans perdre la face, pour rapprocher localement, pour faire avancer la paix et construire ensemble. En sachant que l’exercice n’est jamais gagné, que la tentation de la rupture et de la violence reste inhérente à la nature, même si les conséquences sont connues…

 

Pouvez-vous partager vos expériences. Prendre l’initiative sans perdre la face fait surement partie de situations de vie professionnelle que vous avez vécues… Parlez-en dans les commentaires. Cela inspire les autres et leur donne de la force…
 

 

5 Comments

  1. Louis

    Merci Laurent
    Accepter d’avoir tort et le dire …
    C’est un acte de courage et de transformation de la relation.
    Merci dd nous le rappeler ici.
    Louis

    Reply
  2. Andrée

    Merci Laurent
    Se remettre en cause, reconnaître son tort si c’est nécessaire et chercher à améliorer les relations en vue de construire ensemble pour l’atteinte des objectifs. Je pense que c’est très important.Et cela peut s’appliquer dans tous les domaines de la vie.
    Merci pour cet enseignement

    Reply
  3. HADJ-AISSA

    ….Quand cela est nécessaire pour faire avancer le concept du travail et l’objectivité de son contenu ,parce que réagir dans la plupart des cas est la solution idéale pour résoudre certains litiges .

    Reply
  4. MOKHTAR

    Merci Laurent
    De mon point de vue cette attitude d’aller vers l’autre relève d’un sens élevé de la responsabilité et de la dignité humaine. Normalement ce n’est pas uniquement quand nous sentons que nous sommes fautifs que nous devrions aller vers l’autre. Nous devons aussi aller vers l’autre pour le soulager même si c’est nous qui avons raison sur lui (bien sûr, si lui il ne le fait pas).

    En effet, c’est pour dire que les relations de travail sont telles qu’il peut toujours à n’importe quel moment arriver un « accident ou accrochage, un dysfonctionnement ». La capacité à faire face à la situation dans les délais au point de ne pas compromettre les résultats de l’organisation doit être une des compétences du Manager.

    Le manager doit pouvoir au sein d’une équipe prendre de la hauteur et de la distance pour lire objectivement la situation aux fins de prendre des décisions éclairées et rendre dynamique et performant son département, service ou organisation. Etre manager, c’est donc pouvoir se rabaisser à la hauteur de son ou ses employés de plus bas niveau (x). C’est aussi pouvoir se relever pour être à niveau supérieur de son ou ses employés de plus haut(s) niveau(x). Pour y parvenir, nous devons comprendre de l’individu évolue dans l’environnement suivant trois dimensions selon le contexte social, économique, temporel, etc. Il y arrive des jours où l’individu est :
    1. Plus qu’un être humain, donc il est au-dessus des autres en terme de pensée, de valeurs, comportements, décisions, sociabilité, humanisme, etc.
    2. Juste un être humain, donc il est au même niveau que tous les autres. Il se confond à la masse
    3. Moins qu’un être humain, donc il est en dessous des autres, moins qu’eux

    Ces trois « états » de l’être humain donc du Manager (parce que c’est un être humain) doivent guider ses décisions, ses actions . . . et ses réactions au sein d’une équipe ou d’une organisation. ETRE UN BON MAMAGER, C’EST POUVOIR SE RABAISSER QUAND IL FAUT ET POUVOIR S’ELEVER QUAND IL LE FAUT

    Etre un bon manager, c’est à la fois pouvoir se rabaisser quand il faut et pouvoir s’élever quand il le faut

    Reply
  5. Laurent de Rauglaudre

    Merci Mokhtar pour ce commentaire. Je préfère parler de “trouver sa juste place” que d’évoquer “au-dessus” ou “au-dessous” des autres humains. Prendre l’initiative, être leader est souvent nécessaire. Parfois, il convient de juste suivre l’initiative d’un autre qui a du sens. Peu importe les galons. L’essentiel est que l’initiative résonne pour l’intérêt général…
    L’idée est là que nous partageons dans le fond.
    Merci.

    Reply

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Co-auteur du livre “Les groupes Mastermind, accélérateurs de réussite”, premier ouvrage publié en français sur le sujet. Co-écrit en intelligence collective. Egalement disponible en anglais et en espagnol.

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Anecdote vécue comme consultant

Après lui avoir présenté mon offre, le Directeur Général me dit : “vous êtes plus cher que votre concurrent qui a une belle expérience dans une grande entreprise américaine. Cependant, le courant passe bien entre nous, et je préfère votre proposition”. Il signe alors l’offre à 10 000€, et ajoute : “si nous devons continuer à travailler ensemble, je négocierai vos prix”.

Je réponds “bien sur”… Je réalise la prestation avec son équipe de direction : un diagnostic, suivi d’un séminaire de 2 jours en intelligence collective, une synthèse de recommandations.

A l’issue de la mission, le Directeur Général me demande une nouvelle offre. Moins d’une semaine plus tard, je lui propose une mission à 30 000€. Il signe et me dit : “je ne négocie pas le prix car je connais la qualité de la prestation que j’achète”.

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Anecdotes vécues en entreprise

N°1 : je rentre dans le bureau de mon chef. Depuis 3 semaines, je travaille un plan marketing avec mon équipe. Je vais lui présenter les résultats de ce travail d’une dizaine de collaborateurs de qualité. Lui, top manager, diplôme le plus ronflant qu’on puisse trouver dans notre douce France, m’écoute moins de 5 minutes. Tout d’un coup, il se lève, tout sourire, se dirige vers le tableau blanc accroché au mur : « OK Laurent, ce n’est pas du tout comme cela qu’il faut s’y prendre ».

Suit une magnifique démonstration, brillante. J’ai le moral à zéro, je sors de son bureau en pensant: « on est une équipe nulle. En 5 minutes, il a démonté tout notre travail »…

N°2 : je rentre dans le bureau de mon chef. Depuis des mois, je me débats sur un projet complexe, qui implique tous les départements de l’entreprise. Je viens comme chaque quinzaine, une heure dans son bureau pour lui présenter mes « petits soucis ». Il est américain,  directeur financier, l’entreprise pèse 1 milliard d’€ de chiffre d’affaires. Avant, il était contrôleur financier mondial d’Intel – vous savez la petite boite américaine qui met des puces électroniques partout. A chacun de nos tête-à-tête, il m’écoute lui raconter mes petits malheurs. Puis il me pose des questions, ouvertes la plupart du temps (en anglais): « que penses-tu que … », « pourquoi crois-tu que … », « quelles sont les pistes que tu imagines… ». Après chaque entretien, je ressors de son bureau gonflé à bloc.

Que pensez-vous de ces 2 anecdotes ?

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– du 6 au 14 novembre 2021